Analyse de l'audition de M Dacian Cioloș, candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie
Le 30 juin 2026, pour la première fois
en cinquante-six ans d'existence de l'Organisation internationale de la
Francophonie, les candidats au poste de Secrétaire général ont été auditionnés
publiquement devant les ministres des Affaires étrangères des 53 États membres
de plein droit, réunis en Conférence ministérielle extraordinaire à Paris.
Parmi les quatre prétendants au mandat 2027-2030, qui sera attribué par les
chefs d'État au XXe Sommet de la Francophonie à Phnom Penh les 15 et 16
novembre 2026, figure un profil inédit : Dacian Cioloș, ancien Premier ministre
de Roumanie, ancien commissaire européen à l'Agriculture et ancien président du
groupe Renew au Parlement européen, seul candidat non africain de la course.
Cet article, premier d'une série de
cinq consacrée aux auditions, analyse la prestation de M. Cioloș sur huit axes
: la vision, l'innovation, le développement des communautés locales, la
promotion de la langue française, les conflits et la sécurité en Afrique, la
coopération internationale, les financements innovants, et la définition de
priorités et de projets concrets, réalistes et faisables. L'analyse s'appuie
sur les extraits de transcription disponibles de son audition, correspondant
pour l'essentiel aux séquences de questions-réponses ; les faits contextuels
ont été vérifiés auprès de sources indépendantes, référencées en fin d'article.
Vision et
innovation
Précisons d'emblée ce que la faiblesse
de M. Cioloș n'est pas : rien n'exige d'un Secrétaire général de la
Francophonie qu'il ait vécu en Afrique, et son parcours, Premier ministre de
son pays, commissaire européen, président de groupe au Parlement européen,
constitue une qualification exécutive et multilatérale parfaitement recevable
pour cette fonction.
Ne pas être africain, ne pas être né en
Afrique ou ne pas y avoir vécu ne devrait pas être considéré comme un handicap
automatique pour diriger la Francophonie. Il existe des experts européens et
internationaux reconnus dans les affaires africaines qui, sans être africains
eux-mêmes, ont acquis une connaissance sérieuse du continent par la recherche,
la diplomatie, la coopération, les droits humains, la médiation, le
développement ou l’analyse des conflits. Dans certains contextes, cette
extériorité peut même devenir un élément positif : elle peut faciliter le
consensus, réduire les soupçons d’alignement régional et aider à résoudre
certains conflits africains où les acteurs directement impliqués sont perçus
comme trop proches des parties en tension.
Le problème de M. Cioloș n’est donc pas
son origine européenne. Le problème est que, dans le segment audité, il n’a pas
encore démontré comment cette extériorité, son expérience européenne et sa
capacité de négociation pourraient devenir une stratégie concrète pour
l’Afrique, la langue française et la crédibilité politique de l’OIF.
La faiblesse de son audition est
ailleurs : elle tient à ce qu'il n'a pas converti cette expérience en vision
propre pour la Francophonie. Interrogé sur l'Afrique, il répond par des
engagements de méthode plutôt que de fond : visiter chaque pays africain « au
moins une fois » durant sa première année, s'entourer « des gens qui
connaissent l'Afrique », nommer une administratrice issue de l'Afrique
subsaharienne. Ces engagements sont honorables et vérifiables, mais ils
décrivent comment il apprendrait, non ce qu'il ferait, et surtout : visiter
n'est pas transformer.
La tournée africaine annoncée aurait
pris un tout autre poids si le candidat avait précisé ce qu'elle produirait, un
diagnostic partagé, une feuille de route, un pacte africain de la Francophonie,
un mécanisme de suivi ou un plan d'investissement. En l'état, elle reste un
geste symbolique sans livrable. Le « dialogue structuré » et le «
multilatéralisme éclairé » qu'il invoque restent des formules dont le contenu
n'est jamais précisé, et le segment audité est presque muet sur l'innovation :
aucune proposition numérique, aucun projet structurant, aucune idée nouvelle
sur ce que la Francophonie devrait devenir. Un candidat de son calibre pouvait
puiser dans ses réformes roumaines et ses arbitrages européens des projets
transposables ; il a préféré la prudence, et cette prudence a laissé sa vision
indéfinie.
Développement
des communautés locales et langue française
Rien, dans le segment disponible, ne
touche aux communautés locales : ni les populations déplacées de l'Est
congolais, ni les jeunesses urbaines d'Afrique de l'Ouest, ni les locuteurs
ruraux qui constituent le socle démographique réel de la langue française. La
promotion du français est pareillement absente de ses réponses : à aucun moment
le candidat n'expose comment il défendrait la place de la langue dans
l'éducation, le numérique ou les enceintes internationales, alors que c'est le
cœur symbolique de la fonction qu'il brigue.
Cette absence est importante. La
Francophonie n’est pas seulement une organisation d’États. Elle est aussi un
espace vécu par des populations qui parlent, apprennent, travaillent, créent,
migrent, étudient, débattent et résistent dans une langue qui devrait leur
ouvrir des portes. Une vision sérieuse de la langue française ne peut plus se
limiter à la défense symbolique du français dans les institutions
internationales. Elle doit répondre à des questions concrètes : comment le
français peut-il devenir une langue d’emploi, de recherche, de technologie,
d’intelligence artificielle, de médias, d’entrepreneuriat et de mobilité pour
les jeunes Africains ?
Dans le segment analysé, M. Cioloș ne
donne pas de réponse à cette question. Il ne dit pas comment l’OIF devrait
défendre le français face à la domination de l’anglais dans les plateformes
numériques, les contenus scientifiques, l’intelligence artificielle et les
relations économiques internationales. Il ne dit pas non plus comment la
Francophonie peut travailler avec les langues africaines au lieu de les ignorer
ou de les marginaliser.
Or, l’avenir de la Francophonie
dépendra largement de l’Afrique. Mais l’Afrique ne peut pas être seulement le
réservoir démographique du français. Elle doit devenir le centre de production
des idées, des contenus, des technologies, des récits, des médias, des
recherches et des opportunités francophones. Sur ce terrain, l’audition de M.
Cioloș reste silencieuse.
Conflits et
sécurité au niveau africain
C'est ici que l'audition révèle sa
faiblesse la plus grave. Interrogé directement par la ministre des Affaires
étrangères de la RDC sur la crise géopolitique sans précédent que traverse
l'OIF et sur le rôle que l'organisation pourrait jouer face aux crises
africaines, M. Cioloș commence par écarter la partie de la question qui porte
sur les retraits du Burkina Faso, du Mali et du Niger, en affirmant avoir «
compris » que la question ne visait pas ces pays, avant de dérouler une réponse
entièrement générique : la « confiance », le « dialogue permanent », la «
médiation à la demande ».
À aucun moment il ne prononce les mots
qui définissent la crise : Est de la RDC, M23, Rwanda, agression, occupation,
millions de déplacés. Sa proposition la plus concrète face aux conflits est de
renforcer les formations de l'Université Senghor pour préparer « des jeunes
responsables africains » à gérer les tensions. Répondre à une guerre
d'agression par une offre de formation, c'est confondre la pédagogie et la
politique.
Cette faiblesse est d’autant plus grave
que la question venait de la ministre congolaise des Affaires étrangères. Elle
ne lui demandait pas un commentaire abstrait sur la paix mondiale. Elle lui
offrait l’occasion de dire comment l’OIF pouvait redevenir crédible dans une
région où les populations vivent les conséquences directes des guerres, de
l’occupation, des déplacements forcés, de l’impunité et des doubles standards
internationaux.
Sa réponse souffre en outre d'une
absence totale d'analyse des causes des crises africaines : rien sur les coups
d'État, les groupes armés, les conflits frontaliers, l'économie des ressources
naturelles, les ingérences étrangères ou les frustrations sociales qui
alimentent les tensions ; aucun mécanisme opérationnel de prévention n'est
esquissé, ni alerte précoce, ni médiation permanente outillée, ni suivi des
crises, ni participation de la société civile, et aucune proposition ne vise à
restaurer la crédibilité de l'OIF auprès des pays africains qui s'en retirent
ou en contestent le rôle.
C'est l'approche diplomatique
classique, appliquée à une crise de confiance qui exige une réponse d'une tout
autre profondeur. Son argument selon lequel sa provenance d'un pays extérieur
aux rivalités africaines faciliterait la médiation n'est pas sans fondement, et
il constitue même l'un de ses atouts objectifs dans le face-à-face
Kinshasa-Kigali ; encore fallait-il l'incarner en nommant les conflits qu'il
prétend pouvoir arbitrer. Une neutralité qui ne nomme rien n'est pas une
neutralité, c'est une abstention.
La crise de l’Est de la RDC ne peut pas
être enfermée dans le vocabulaire confortable du « dialogue ». Quand le
gouvernement congolais parle d’agression et d’occupation, quand des rapports
internationaux documentent le soutien rwandais au M23, quand des familles
vivent dans les camps de déplacés, quand des territoires échappent à l’autorité
de l’État congolais, parler uniquement de confiance et de médiation revient à
laisser les mots les plus importants hors de la salle.
Or, dans les conflits africains, les
silences internationaux ont souvent servi les plus puissants. Ils ont rarement
protégé les victimes.
Coopération
internationale et financements innovants
Son expérience de la coopération
multilatérale est incontestable : gérer les intérêts divergents de 27 États en
tant que commissaire, diriger un groupe parlementaire de 22 nationalités, sont
des références sérieuses de construction de compromis. La faiblesse du segment
audité est qu'il en reste à l'analogie sans la traduire en méthode adaptée :
les mécanismes qu'il décrit, la recherche de majorités, la gestion d'intérêts
divergents, relèvent de la négociation entre États de droit dotés
d'institutions communes contraignantes, et le candidat n'explique pas comment
il les transposerait à des crises d'une autre nature, guerres d'occupation,
ruptures de souveraineté, retraits d'États membres. L'expérience est un capital
; l'audition ne montre pas encore le mode d'emploi.
La coopération internationale dont
l’Afrique a besoin ne consiste pas seulement à réunir des États autour d’une
table. Elle doit affronter les rapports de force. Elle doit dire comment l’OIF
coopérera avec l’Union africaine, les Nations Unies, la SADC, la CEEAC, la
CEDEAO, les banques de développement, les sociétés civiles, les médias
indépendants et les communautés locales. Elle doit aussi dire comment l’OIF
peut agir lorsque certains États membres sont accusés de soutenir des groupes
armés ou de déstabiliser leurs voisins.
Quant aux financements innovants, ils
sont totalement absents du segment audité : pas un mot sur le modèle économique
de l'organisation, sur la diversification des ressources ou sur les
partenariats financiers, et aucune esquisse d'une stratégie de financements
mixtes associant les États, le secteur privé, les banques de développement, la
diaspora, les fondations, les collectivités locales et les entreprises
francophones.
C’est un manque sérieux. La
Francophonie ne pourra pas devenir plus utile sans moyens. Les discours sur la
jeunesse, la formation, l’innovation, la médiation ou la langue française
n’auront pas d’impact si l’OIF ne dispose pas d’une stratégie financière claire.
Les besoins sont connus : financement des jeunes entrepreneurs, soutien aux
médias indépendants, formation numérique, développement des contenus
francophones, programmes de médiation, projets locaux, appui aux femmes,
accompagnement des communautés déplacées et renforcement des organisations de
terrain.
Le segment analysé ne permet pas de
savoir comment M. Cioloș financerait une Francophonie plus ambitieuse.
Définition des
priorités et projets concrets
Le segment audité ne contient aucun
projet au sens propre : rien de daté, de chiffré ou de mesurable au-delà de
deux engagements de procédure, à savoir visiter chaque pays africain durant la
première année et nommer une administratrice issue de l'Afrique subsaharienne.
Ce sont des engagements de méthode, pas des livrables : ils décrivent comment
le candidat s'organiserait, non ce qu'il produirait.
Le « dialogue structuré » et la «
médiation permanente » sont des postures institutionnelles sans calendrier,
sans indicateurs et sans budget ; le renforcement des formations de
l'Université Senghor, seule proposition approchant un projet, n'est que l'extension
d'une activité existante. Sur le critère du réalisable, ses deux engagements
sont certes faisables, mais leur faisabilité tient précisément à leur modestie
: un programme dont les seuls éléments vérifiables sont un plan de voyages et
une nomination n'établit aucune hiérarchie de priorités pour une organisation
en crise.
Ses priorités sont claires sur le
versant diplomatique, le dialogue, la confiance, la médiation, et muettes sur
l'économie, l'innovation, la langue française et les communautés locales. Le
verdict d'ensemble s'énonce simplement : faisable, mais peu transformateur.
Visiter les pays africains, renforcer le dialogue et s'entourer d'expertise
africaine peut contribuer à restaurer un dialogue politique avec les États
membres ; sans plan d'action mesurable en aval, l'impact restera limité.
Une organisation en crise ne peut pas
se contenter de priorités implicites. Elle a besoin d’un ordre clair : que
faire d’abord, avec quels moyens, pour quels résultats ? L’OIF doit-elle
prioriser la langue française, la jeunesse, la paix, les médias, l’intelligence
artificielle, la francophonie économique, la médiation ou les sociétés civiles
? Tous ces thèmes sont importants, mais gouverner, c’est choisir.
Dans le segment analysé, M. Cioloș ne
choisit pas suffisamment. Il propose une posture de dialogue, mais pas une
architecture de mandat.
Points positifs
de la présentation
La présentation de M. Cioloș comporte
des atouts réels qu'il serait injuste de nier, et il faut le dire nettement :
son expérience nationale et européenne suffit, en soi, à faire de lui un
Secrétaire général crédible, sans qu'il soit besoin d'avoir vécu en Afrique
pour diriger l'organisation.
Gérer les intérêts divergents de 27
États en tant que commissaire européen à l'Agriculture, conduire un
gouvernement, puis diriger pendant deux ans et demi un groupe parlementaire
réunissant des élus de 22 États et d'une soixantaine de partis, constitue un
apprentissage vérifiable de la construction de majorités en milieu multilatéral
fragmenté, précisément le savoir-faire dont l'OIF manque.
Son humilité affichée, « je n'ai pas
l'habitude de travailler avec l'idée que je sais tout », tranche avec la
posture habituelle des candidats à ce type de fonction, et ses deux
engagements, la tournée africaine complète et la nomination d'une administratrice
subsaharienne, ont au moins le mérite d'être précis, datés et vérifiables, ce
qui n'est le cas d'aucune promesse de Mme Bâ.
Enfin, son insistance sur la prévention
avant la médiation et sur la confiance comme préalable est analytiquement
juste, et son extériorité aux rivalités africaines pourrait objectivement
faciliter une médiation dans le face-à-face Kinshasa-Kigali, où toute
candidature issue des Grands Lacs est structurellement exposée aux soupçons de
proximité avec l’une ou l’autre partie.
Les problèmes de sécurité et de
conflits perdurent aussi parce que, pour beaucoup de populations des Grands
Lacs, l’OIF sous Mme Mushikiwabo n’a jamais pu incarner une autorité
indépendante face à la crise de l’Est de la RDC. Ancienne ministre des Affaires
étrangères du Rwanda et arrivée à la tête de l’OIF avec l’appui politique de
Kigali et de Paris, elle se trouve dans une position politiquement fragile
lorsqu’il s’agit de nommer ce que le gouvernement congolais qualifie
d’agression rwandaise et d’occupation de territoires par le M23 appuyé par le
Rwanda.
Dans cette région, beaucoup ne croient
plus que Kagame et Macron aient un intérêt réel à résoudre les conflits qui
maintiennent depuis des décennies les mêmes rapports de force, les mêmes
protections diplomatiques et les mêmes injustices. Cette perception n’est pas
née d’une théorie abstraite. Elle vient de l’expérience vécue : des familles
déplacées, des morts non pleurés par le monde, des sanctions limitées, des
discours de paix qui n’arrêtent pas les armes, des intérêts miniers protégés,
et des puissances qui parlent de stabilité pendant que les populations paient
le prix du chaos.
Ce n’est pas une formulation
diplomatique. C’est une lecture politique issue de l’expérience vécue des
peuples des Grands Lacs. Dans cette région, beaucoup de citoyens n’ont plus
besoin qu’on leur explique la neutralité internationale. Ils ont vu ce que cette
neutralité produit : des communiqués, des sommets, des sanctions limitées, mais
pas la fin des occupations, pas le retour des déplacés, pas la justice, pas la
vérité.
L'élection de M. Cioloș pourrait en
outre démontrer que la Francophonie n'est pas réductible à une organisation
africaine héritée de la colonisation ni à un instrument néocolonial : qu'elle
est véritablement une organisation internationale, et non une chasse gardée de
l'Afrique subsaharienne.
Mais pour que cet avantage devienne
réel, M. Cioloș devra faire plus que se présenter comme extérieur aux rivalités
africaines. Il devra prouver que son extériorité n’est pas une distance froide,
mais une capacité de justice. Il devra montrer qu’il peut nommer les faits,
écouter les victimes, parler aux États, résister aux pressions et refuser que
les vies africaines soient traitées comme une variable secondaire de la
diplomatie internationale.
Ce que M.
Cioloș devrait clarifier avant Phnom Penh
D’ici le Sommet de Phnom Penh, M.
Cioloș devrait clarifier plusieurs points essentiels s’il veut transformer une
candidature crédible en candidature convaincante.
Il devrait dire quelle est sa lecture
de la crise de l’Est de la RDC. Il devrait dire comment il comprend les mots
employés par le gouvernement congolais : agression, occupation, soutien au M23,
violation de souveraineté. Il devrait dire comment l’OIF pourrait agir lorsque
des États membres sont accusés d’alimenter des conflits dans d’autres États
membres.
Il devrait aussi présenter une
stratégie concrète pour la langue française dans le numérique. Que fera-t-il
pour que le français existe dans l’intelligence artificielle, les contenus
éducatifs, les plateformes, les outils de traduction, les données, les médias
et la recherche scientifique ?
Il devrait expliquer comment il
financera ses ambitions. Une Francophonie plus utile exige des moyens nouveaux.
Sans stratégie de financement, les promesses de formation, de médiation,
d’innovation ou de jeunesse resteront des déclarations.
Il devrait enfin dire comment les
communautés locales seront associées à l’OIF. Les peuples ne peuvent pas
seulement être des bénéficiaires. Ils doivent devenir des acteurs : jeunes,
femmes, médias, associations, collectivités locales, enseignants, entrepreneurs,
diasporas, déplacés, victimes et survivants des conflits.
Questions
fréquentes
Qui est Dacian
Cioloș ?
Dacian Cioloș est un ancien Premier
ministre roumain, ancien commissaire européen à l’Agriculture et ancien
président du groupe Renew Europe au Parlement européen. Il est candidat au
poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie.
Pourquoi sa
candidature est-elle importante ?
Sa candidature est importante parce
qu’il est le seul candidat non africain de la course. Elle peut montrer que la
Francophonie est une organisation internationale et non une organisation
réservée à une région. Mais cette extériorité ne suffit pas : elle doit être
accompagnée d’une vision concrète pour l’Afrique, la langue française, les
crises sécuritaires et les populations.
Le fait de ne
pas être africain est-il un handicap ?
Non. Ne pas être africain ou ne pas
avoir vécu en Afrique ne devrait pas être un handicap automatique. Il existe
des experts européens et internationaux reconnus dans les affaires africaines.
Dans certains conflits, une position extérieure peut même faciliter le
consensus, à condition que cette extériorité ne devienne pas une neutralité
silencieuse.
Quelle est sa
principale force ?
Sa principale force est son expérience
de négociation multilatérale. Il connaît la gestion d’intérêts divergents, la
construction de compromis et le fonctionnement des institutions complexes.
Quelle est sa
principale faiblesse ?
Sa principale faiblesse, dans le
segment analysé, est l’absence de projets concrets et mesurables sur l’Afrique,
la langue française, l’innovation, les financements et les conflits
sécuritaires.
Pourquoi
l’article parle-t-il de l’Est de la RDC ?
Parce que la ministre congolaise des
Affaires étrangères a interrogé M. Cioloș sur les crises africaines et la
crédibilité de l’OIF. Dans ce contexte, l’absence de référence directe à l’Est
de la RDC, au M23, au Rwanda, à l’agression, à l’occupation et aux déplacés
constitue une faiblesse majeure de sa réponse.
Quand le
nouveau Secrétaire général de la Francophonie sera-t-il choisi ?
Le nouveau Secrétaire général doit être
choisi lors du XXe Sommet de la Francophonie, prévu à Phnom Penh les 15 et 16
novembre 2026.
Conclusion
Dacian Cioloș est un candidat de
méthode, de négociation et d'équilibre institutionnel, et rien, dans son
passeport, ne le disqualifie : la Francophonie est une organisation
internationale, non une chasse gardée de l'Afrique subsaharienne, et son
élection le démontrerait utilement.
Sa faiblesse n'est pas d'où il vient,
mais ce qu'il n'a pas dit : une audition sans projet chiffré, sans vision de la
langue française, sans analyse des causes des crises africaines et, surtout,
sans un mot sur la guerre de l'Est de la RDC lorsque la ministre congolaise lui
en offrait l'occasion.
Une neutralité qui ne nomme rien n'est
pas une neutralité, c'est une abstention. S'il veut transformer son expérience
réelle en candidature convaincante, M. Cioloș devra faire d'ici Phnom Penh ce
qu'il n'a pas fait à Paris : dire ce qu'il ferait, pour qui, avec quels moyens,
et nommer les crises qu'il prétend pouvoir arbitrer.
La Francophonie n’a pas seulement
besoin d’un gestionnaire. Elle a besoin d’une autorité politique capable de
regarder les puissants en face, d’écouter les peuples, de refuser les silences
confortables et de comprendre que les vies africaines ne valent pas moins.
Les vies africaines ne valent pas
moins. Les morts africaines ne sont pas normales. Les intérêts occidentaux ne
doivent jamais devenir un permis de tuer des Africains.
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Auteur : Africa Realities Media —
Rédaction
Références
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Lumumba et Louise Mushikiwabo avant la bataille finale au Cambodge', 30 juin.
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Organisation internationale de la
Francophonie (2026) Auditions des candidats au poste de Secrétaire général,
retransmissions vidéo, 30 juin. Transcriptions partielles établies par Africa
Realities Media à partir des enregistrements publiés sur la chaîne YouTube de
l'OIF.
Conseil de sécurité des Nations Unies,
Groupe d'experts sur la République démocratique du Congo : rapports documentant
le soutien du Rwanda au M23. Disponibles sur : https://www.un.org/securitycouncil/fr/sanctions/1533/work-and-mandate/expert-reports (consulté le 2 juillet 2026).
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