Pourquoi Kagame défie les sanctions américaines : minerais, partenaires occidentaux et origines de l’occupation de l’est du Congo par le Rwanda
Pourquoi Kagame défie les sanctions américaines : minerais, partenaires occidentaux et origines de l’occupation de l’est du Congo par le Rwanda
Washington vient de sanctionner le ministère qui commande l’armée rwandaise. Vingt mois de mesures de plus en plus sévères n’ont pas fait partir les troupes rwandaises de l’est du Congo, et les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu paient le prix de chaque mois de retard.
| Les vies africaines ne valent pas moins. Les morts africaines ne sont pas normales. Les intérêts occidentaux ne doivent jamais devenir un permis de tuer des Africains. |
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Introduction : encore sanctionné, toujours au Congo
Le 28 octobre 2026, le Trésor américain a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, l’établissement financier au service des forces de sécurité rwandaises, pour leur soutien à la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La demande du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, était directe : « Le Rwanda doit cesser son soutien au M23 et retirer ses troupes de l’est de la RDC. »
Ces mesures sont les plus sévères que les États-Unis aient prises contre l’État rwandais. Elles sont aussi les dernières d’une série qui n’a pas encore changé la situation sur le terrain. Le Rwanda nie soutenir le M23, ses forces restent dans les Kivus et le M23 contrôle toujours Goma et Bukavu. Pour beaucoup de Congolais et d’observateurs de la région, même ces mesures restent insuffisantes au regard de l’ampleur de l’occupation.
Cette analyse explique ce que prévoient les nouvelles sanctions, pourquoi les mesures précédentes n’ont pas mis fin au rôle militaire du Rwanda au Congo, les intérêts économiques qui sous-tendent ce rôle, trente années de relations entre les États-Unis et le Rwanda, les raisons pour lesquelles les États-Unis et les autres gouvernements occidentaux poursuivent leur coopération économique, diplomatique et sécuritaire avec Kigali malgré les sanctions, la possibilité qu’une administration démocrate change de politique, les conséquences du conflit pour les civils et la justice, ainsi que les conditions qui rendraient les sanctions efficaces. Tout au long de l’article, nous distinguons les faits documentés, les allégations et nos propres jugements éditoriaux.
Ce que les États-Unis ont sanctionné le 28 octobre 2026
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC), organisme du Trésor américain chargé des sanctions, a désigné les deux entités au titre du décret présidentiel 13413, tel que modifié, visant les personnes et entités qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC. Il a décrit le ministère de la Défense comme l’organisme de tutelle des services de sécurité rwandais et déclaré qu’il avait apporté un soutien matériel aux Forces rwandaises de défense (RDF), déjà sanctionnées par l’OFAC le 2 mars 2026.
Selon le Trésor américain, les RDF ont déployé des milliers de soldats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où ils opèrent aux côtés du M23 et lui ont fourni des armes, du matériel, une formation et un soutien logistique. Le Trésor a également affirmé que les RDF avaient introduit dans l’est du Congo des systèmes de missiles sol-air et des équipements de brouillage présentant des risques pour l’aviation civile.
Le dossier concernant Zigama est la partie la plus détaillée du communiqué. Selon le Trésor, cet établissement a payé des entités en Chine et dans d’autres pays pour acheter des armes, des munitions et du matériel destinés aux RDF ; financé les déplacements et l’hébergement liés aux formations militaires ; permis à l’une de ses agences de transférer de l’or provenant d’un territoire contrôlé par le M23 vers Kigali ; et traité des transactions représentant des dizaines de millions de dollars pour le M23 et sa branche politique, l’Alliance fleuve Congo.
Ce que font les sanctions, et ce qu’elles ne font pas
Tous les biens des deux entités situés aux États-Unis ou détenus par des personnes américaines sont gelés, et il est généralement interdit aux personnes américaines d’effectuer des transactions avec elles, ainsi qu’avec toute entité qu’elles détiennent à hauteur d’au moins 50 %. Les personnes non américaines ne peuvent pas amener des personnes américaines à enfreindre les sanctions, ce qui, en pratique, concerne la plupart des transactions en dollars.
Ces mesures ne pénalisent pas automatiquement chaque banque étrangère qui traite avec Zigama ou le ministère. Le Trésor avertit que les établissements financiers « peuvent s’exposer à des sanctions » à l’occasion de certaines transactions et que toute personne, où qu’elle se trouve, qui apporte une aide matérielle à une entité désignée peut à son tour être inscrite sur la liste au titre du même décret. Ce risque relève d’une décision discrétionnaire plutôt que d’une sanction automatique, mais il suffit généralement à inciter les banques internationales à la prudence.
Le décompte des vagues de sanctions
Il s’agit de la quatrième mesure américaine visant des cibles liées à l’État rwandais depuis février 2025, chaque étape montant d’un cran. La première visait une personne : James Kabarebe, ministre d’État chargé de l’Intégration régionale, en février 2025. En mars 2026, les États-Unis ont sanctionné une institution, les RDF elles-mêmes, ainsi que quatre hauts commandants, puis imposé des restrictions de visa à des responsables rwandais. En juin 2026, ils ont ciblé un réseau commercial comprenant la raffinerie d’or de Gasabo, trois sociétés minières et deux personnes liées à celles-ci. Les désignations d’octobre du ministère de la Défense et de Zigama complètent cette séquence. Elles font suite à un précédent d’août 2023, lorsque les États-Unis avaient sanctionné le général de brigade Andrew Nyamvumba, premier haut commandant des RDF désigné pour son soutien au M23.
Pourquoi les sanctions précédentes n’ont pas mis fin au rôle du Rwanda
L’exigence de retrait n’est pas nouvelle. Le 21 février 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 2773, demandant aux RDF de cesser de soutenir le M23 et de se retirer sans condition du territoire congolais. Le Rwanda et la RDC ont signé un accord négocié sous médiation américaine en juin 2025, puis les Accords de Washington pour la paix et la prospérité le 4 décembre 2025. Quelques jours après ces accords, le M23 s’est emparé d’Uvira, près de la frontière burundaise. Une échéance américaine de retrait a expiré le 15 juillet 2026 sans changement sur le terrain.
Chaque nouvelle pression a suivi le même schéma. Kigali nie soutenir le M23, qualifie les mesures d’injustes et affirme que ses forces agissent pour se défendre contre les FDLR, groupe armé créé en 2000 dont les origines comprennent d’anciens membres de forces impliquées dans le génocide de 1994 contre les Tutsis. Kigali affirme qu’il se désengagera parallèlement au respect par Kinshasa de ses propres obligations. Cette position mérite d’être exposée loyalement ; nous l’examinons ci-dessous.
Des sanctions « à sens unique » ? Ce n’est pas le Congo qui se trouve au Rwanda
Le principal argument de Kigali est que les sanctions sont à sens unique. Le gouvernement l’a affirmé en mars 2026, et l’argument est repris par les représentants rémunérés du Rwanda et des voix qui lui sont favorables à Washington : selon eux, les États-Unis punissent le Rwanda tout en ignorant les manquements de Kinshasa, notamment sa collaboration avec les FDLR.
Cet argument se heurte à un fait fondamental. Ce n’est pas la RDC qui se trouve au Rwanda. C’est le Rwanda qui se trouve en RDC. Il n’y a pas de troupes congolaises sur le sol rwandais, pas de rebelles soutenus par le Congo administrant des villes rwandaises et pas de responsables congolais percevant des taxes sur les mines rwandaises. Le Groupe d’experts de l’ONU estimait qu’environ 6 000 soldats rwandais étaient déployés dans l’est du Congo au début de 2025, et la résolution 2773 nomme expressément les RDF. Les sanctions visent un seul camp parce que la présence militaire transfrontalière vient d’un seul camp. Et cette présence s’est accrue. Dans son rapport de juin 2026, le Groupe d’experts estimait prudemment entre 14 000 et 18 000 le nombre de soldats des RDF dans l’est du Congo en décembre 2025, dont 8 000 à 10 000 au Sud-Kivu et 6 000 à 8 000 au Nord-Kivu, sans constater depuis lors de retrait significatif.
Washington n’a pas non plus ignoré Kinshasa. Les Accords de Washington imposent à la RDC de neutraliser les FDLR. En 2026, le Trésor américain a sanctionné des commandants des FDLR et, en avril, l’ancien président congolais Joseph Kabila pour son soutien au M23. Les experts de l’ONU ont rapporté en juillet 2025 que le gouvernement congolais continuait de s’appuyer sur les FDLR et sur les milices Wazalendo comme forces auxiliaires, une violation grave à laquelle Kinshasa doit mettre fin. Mais un État qui tolère une milice sur son propre territoire et un État qui envoie son armée de l’autre côté d’une frontière pour s’emparer de villes et de mines ne se trouvent pas dans des situations équivalentes. Les traiter comme des parties identiques ne constitue pas de l’équilibre : cela récompense la force étrangère la plus puissante. Si la menace des FDLR était la véritable motivation, le Rwanda pourrait défendre sa frontière depuis son propre territoire, comme le font d’autres États confrontés à des menaces transfrontalières, plutôt que de tenir des zones minières à des centaines de kilomètres de là.
Présence, contrôle ou occupation ? Ce que dit le droit
La présence militaire, le soutien à un groupe armé et l’occupation militaire sont des notions liées, mais juridiquement distinctes. En droit international humanitaire, un territoire est occupé lorsqu’il est effectivement placé sous l’autorité d’une armée étrangère hostile ; les juridictions examinent à cette fin si cette armée exerce un contrôle effectif. En 2005, la Cour internationale de Justice a conclu que l’Ouganda était une puissance occupante en Ituri, dans le nord-est du Congo, pendant la deuxième guerre du Congo et, en 2022, elle lui a ordonné de verser 325 millions de dollars de réparations.
Aucune juridiction n’a encore statué sur le statut du Rwanda dans les Kivus. Mais en juin 2026, Human Rights Watch a conclu, sur la base de témoignages d’anciens détenus et de sources militaires, de renseignement et onusiennes, que les forces rwandaises exerçaient un contrôle effectif sur les zones tenues par le M23, remplissant ainsi le critère juridique de l’occupation militaire. Lorsque cet article qualifie la présence rwandaise d’occupation, il s’appuie sur cette évaluation et sur l’ampleur du déploiement documentée par l’ONU et le Trésor américain. Le Rwanda rejette cette qualification.
Les réfugiés congolais comme source de combattants
L’occupation rwandaise ne repose pas uniquement sur ses propres soldats. L’ONU et le gouvernement américain ont tous deux signalé le recrutement de réfugiés congolais vivant au Rwanda pour combattre dans l’est du Congo.
Le Groupe d’experts de l’ONU a rapporté en 2024 que des soldats rwandais et des agents du renseignement militaire recrutaient des enfants dans les camps de réfugiés au Rwanda en leur promettant de l’argent, les faisaient passer clandestinement de l’autre côté de la frontière et les faisaient former par des soldats des RDF pour le M23 ; certains n’avaient que 15 ans. Le Rwanda a qualifié ces conclusions d’absurdes. Le rapport 2025 du département d’État américain sur la traite des personnes, citant les rapports de l’ONU, indique que des responsables rwandais ont recruté par la force et par tromperie des enfants dans les camps de réfugiés au Rwanda, principalement congolais, pour les faire servir au M23 dans des rôles de combat et de soutien. En juin 2026, le Groupe d’experts a estimé les effectifs du M23 à environ 30 000 combattants, dont une partie provenait des camps de réfugiés au Rwanda. Il s’agit d’une estimation et non d’un décompte individuel vérifié de combattants formés, équipés et opérationnels ; le rapport rassemble plusieurs catégories de recrues et d’anciens membres des forces de sécurité et fait état de désertions importantes, particulièrement parmi les personnes recrutées de force. Le nombre de combattants du M23 réellement disponibles pour le combat à un moment donné demeure incertain.
Les camps eux-mêmes traversent une crise. Le Rwanda accueille environ 120 000 réfugiés, dont quelque 70 000 Congolais. En septembre 2025, après les coupes dans l’aide internationale, seulement 23 000 environ recevaient encore de la nourriture et d’autres produits essentiels ; les rations avaient diminué de plus de moitié dans certains camps, et des travailleurs humanitaires signalaient le retour de réfugiés vers des zones de conflit ainsi que l’exposition des femmes et des filles à l’exploitation sexuelle. Une telle détresse facilite le recrutement.
Selon notre analyse, c’est l’une des raisons pour lesquelles les sanctions ont eu si peu d’effet sur la présence militaire du Rwanda. Une partie des effectifs participant à l’occupation provient du recrutement effectué par le M23, notamment du recrutement forcé documenté par Human Rights Watch, et de réfugiés recrutés au Rwanda, plutôt que du seul personnel rémunéré par les RDF. Les coûts du recrutement, de la formation, de l’équipement et de l’entretien de ces combattants n’ont pas été établis indépendamment, et la proportion des membres du M23 recrutés dans les camps de réfugiés reste incertaine. Selon le Trésor américain, les RDF achètent depuis des années des armes et du matériel auprès de fournisseurs en Chine et ailleurs par l’intermédiaire de Zigama. À notre avis, Kigali s’était préparé à une longue campagne bien avant les dernières sanctions : des mesures financières ciblant les paiements futurs ne font disparaître ni l’arsenal ni les recrues déjà en place.
Les preuves derrière la ligne de front
Toute discussion sur les preuves doit commencer par un fait essentiel : les zones où sont signalés de graves abus et des trafics de minerais sont extrêmement difficiles à examiner de manière indépendante. Le contrôle armé, les menaces contre les témoins et les journalistes ainsi que les restrictions d’accès empêchent les enquêteurs d’établir un tableau complet des activités qui s’y déroulent. L’occupation n’est pas seulement l’objet de l’enquête ; elle constitue aussi un obstacle majeur à la collecte des preuves.
Les journalistes étrangers ont dû obtenir une accréditation de presse rwandaise ou ougandaise pour entrer dans les zones contrôlées par le M23, moyennant des frais pouvant atteindre 1 000 dollars, ce qui signifie que l’accès est contrôlé par les acteurs mêmes qui font l’objet des investigations. Human Rights Watch a documenté les menaces, détentions et meurtres de journalistes et militants congolais à Goma et Bukavu après leur prise par le M23. En août 2026, le gouverneur du Sud-Kivu nommé par le M23 a interdit les émissions de débat politique et la couverture médiatique du gouvernement congolais ; un présentateur de Bukavu a été suspendu après avoir critiqué l’administration rebelle. La mission des Nations unies, la MONUSCO, a signalé des restrictions d’accès et de déplacement dans les zones contrôlées par le M23. Le Rwanda refuse le test d’empreinte analytique qui permettrait de vérifier l’origine géographique de ses minerais.
Cela a trois conséquences sur la lecture des preuves présentées dans cet article. Premièrement, les faits documentés constituent un minimum, pas un inventaire complet : Global Witness souligne que ses données douanières peuvent être incomplètes et que les volumes réels sont probablement beaucoup plus élevés. Deuxièmement, une grande partie des preuves a dû être recueillie hors de la zone occupée, auprès d’anciens détenus, de négociants, de contrebandiers et à partir de documents douaniers. Troisièmement, l’absence de preuve concernant un événement particulier dans le Kivu occupé ne peut être considérée comme la preuve qu’il ne s’est pas produit. Quand un territoire est fermé à l’examen indépendant par les forces qui le contrôlent, il appartient à ces forces et au Rwanda, qui les soutient, d’en permettre l’accès.
Minerais de conflit et intérêts économiques
Les preuves se répartissent en trois catégories : ce qui est documenté concernant le commerce des minerais, ce que les chiffres d’exportation publiés par le Rwanda révèlent des recettes qu’il génère et ce que nous estimons que cela signifie pour les décisions du Rwanda.
Ce qui est documenté
Le Groupe d’experts de l’ONU a indiqué en janvier 2025 qu’au moins 150 tonnes de coltan avaient été exportées frauduleusement en 2024 des zones contrôlées par le M23 vers le Rwanda, après la prise de Rubaya par les rebelles, l’un des plus importants gisements de coltan au monde. Il a décrit cette situation comme la contamination la plus importante des chaînes d’approvisionnement en minerais de la région depuis une décennie et estimé que le M23 percevait au moins 800 000 dollars par mois en taxes sur le coltan de Rubaya. Son rapport de juillet 2025 concluait que le Rwanda exerçait un contrôle direct sur le M23 afin de sécuriser des minerais, des terres agricoles et une influence politique. Son rapport de juin 2026 constatait que les exportations rwandaises de coltan et de cassitérite avaient fortement augmenté à partir du deuxième trimestre 2025, une tendance que la production intérieure n’expliquait pas et qui correspondait étroitement à la production des zones autour de Rubaya contrôlées par le M23, où il décrivait une taxation systématique et un contrôle étroit des transports.
Pourtant, Washington n’a pas directement ciblé le commerce de Rubaya. Ses désignations de juin 2026 visaient la raffinerie d’or de Gasabo et trois sociétés minières rwandaises, Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing et Rwinkwavu Mining Corporation, mais aucun des exportateurs de coltan que Global Witness a identifiés comme acheteurs de minerais provenant de Rubaya, ni l’administration minière du M23 qui les taxe. On ignore pourquoi la filière de coltan de conflit la mieux documentée au monde reste en dehors des sanctions américaines.
Le Trésor américain a depuis décrit des soldats des RDF et des combattants du M23 escortant de l’or depuis les zones rebelles vers la raffinerie Gasabo à Kigali, ainsi que l’intervention d’une agence de Zigama facilitant les transferts d’or. Des ministres congolais ont affirmé que les exportations de coltan du Rwanda avaient augmenté de 213 % au premier semestre 2025, un chiffre qui n’a pas été vérifié de manière indépendante.
Les chiffres d’exportation : exporter plus que l’on ne produit
Les statistiques commerciales officielles du Rwanda constituent des preuves mesurables de l’importance économique de ses exportations minières, tandis que les enquêtes de l’ONU, de Global Witness et des autorités américaines identifient des minerais congolais pénétrant ces filières d’exportation et signalent des avantages financiers pour des institutions et des autorités rwandaises. Selon le Rwanda Mines, Petroleum and Gas Board, les recettes d’exportation des minerais sont passées d’environ 772 millions de dollars en 2022 à plus de 1,1 milliard en 2023. En 2024, elles ont atteint près de 1,75 milliard de dollars, soit plus de quatre fois les 373 millions enregistrés en 2017, dont 1,5 milliard pour l’or à lui seul. Les volumes expédiés d’étain, de tungstène et de tantale ont encore progressé de 46 % en 2025. Le gouvernement vise 2,17 milliards de dollars par an d’ici 2029. Ces montants représentent la valeur des minerais vendus à l’étranger et non les recettes de l’État ; les revenus publics proviennent notamment des impôts, redevances et droits, que le Rwanda ne publie pas séparément pour ce commerce.
Ces augmentations ne se sont accompagnées d’aucune découverte publiée de nouvelles grandes réserves. En 2023, le Rwanda a exporté 2 070 tonnes de coltan, davantage que les 1 918 tonnes de la RDC, bien que cette dernière possède des gisements beaucoup plus importants. Reuters a rapporté que le Rwanda avait exporté au moins 2 300 tonnes de minerai de coltan en 2024, alors que des experts estiment qu’il en produit beaucoup moins. Une analyse de Swissinfo, fondée sur les données de la Banque nationale du Rwanda, de l’UN Comtrade et de l’Institut géologique américain, a constaté que le Rwanda avait officiellement produit 350 tonnes de tantale en 2024, mais en avait exporté environ 715 tonnes, soit plus du double de sa propre production. L’observatoire du crime organisé ENACT a conclu en 2022 que la majorité du coltan exporté depuis le Rwanda provenait probablement de la RDC.
Ce commerce est mieux documenté depuis la prise de Rubaya par le M23. Global Witness a rapporté en juin 2026, après une enquête d’un an sur les données douanières, que les exportations officielles de coltan du Rwanda avaient été multipliées par plus de deux et demi entre 2021 et 2025. L’organisation a constaté qu’au moins 1 400 tonnes avaient été passées en contrebande de la RDC vers le Rwanda dans l’année suivant la prise de Rubaya par le M23 et qu’au moins cinq des sept entreprises responsables de près de 85 % des exportations de coltan du Rwanda avaient acheté du coltan de conflit provenant de Rubaya. Des négociants ont déclaré à Global Witness payer des « taxes » de 4 dollars par kilogramme au M23 et de 3 dollars par kilogramme au gouvernement rwandais ; ils ont expliqué que des responsables rwandais enregistraient le coltan arrivant de RDC et que des minerais de contrebande recevaient des étiquettes d’origine rwandaise dans le système de traçabilité du secteur. Si ces informations sont exactes, il s’agit d’un paiement direct au bénéfice des recettes de l’État rwandais, et non d’un simple accroissement des exportations privées. Un rapport confidentiel des experts de l’ONU consulté par Reuters indiquait que 195 tonnes de minerais de contrebande avaient franchi la frontière rwandaise au cours d’une seule semaine en mars 2025 et qu’un exportateur important, Boss Mining Solution, avait acheté des minerais congolais de contrebande ; l’entreprise le nie. En septembre 2026, Amnesty International a rapporté que de l’or et du coltan provenant de mines contrôlées par le M23, notamment Rubaya et le site aurifère de Lomera, étaient acheminés illégalement vers le Rwanda.
Le Rwanda nie piller les minerais congolais et affirme respecter les règles internationales de traçabilité. Il attribue l’augmentation de ses exportations à une meilleure extraction, aux investissements et à la hausse des cours mondiaux ; les prix de l’étain et du tantale ont effectivement augmenté. Mais la hausse des prix ne peut expliquer des volumes d’exportation supérieurs à la production nationale. Le Rwanda dispose bel et bien d’une production intérieure de tantale, d’étain et de tungstène, recensée par l’Institut géologique américain : toutes ses exportations minières ne proviennent donc pas de RDC. Néanmoins, considérés ensemble, les volumes exportés, les recettes et les enquêtes montrent que des quantités documentées de minerais congolais entrent dans les circuits d’exportation rwandais, sont vendues comme rwandaises et procurent des revenus à l’économie rwandaise.
L’absence de piste financière est un choix de Kigali
Au-delà des paiements au kilogramme décrits par les négociants, les informations publiques ne permettent pas encore de retracer la part de ces recettes qui atteint le budget de l’État, celle qui revient aux négociants, aux raffineurs et aux entreprises liées à l’armée, ni les projets qu’elles financent finalement. Cette lacune ne doit pas être confondue avec une preuve d’innocence. L’absence de piste financière publiée ne signifie pas que les fonds n’ont pas circulé. Elle signifie que les comptes n’ont pas été ouverts.
Certaines de ces informations n’ont simplement jamais été publiées ; d’autres ont été délibérément retenues. Cette distinction est importante, mais dans les deux cas, il s’agit de choix faits à Kigali.
Informations retenues ou refusées. Lors de la signature de l’accord de Bugesera avec le Qatar en 2019, le ministre des Infrastructures a déclaré que les modalités de financement de la participation rwandaise de 40 % n’étaient « pas destinées à être rendues publiques ». Selon Global Witness, le Rwanda a refusé à plusieurs reprises d’appliquer le test d’empreinte analytique, méthode de laboratoire permettant de vérifier l’origine géographique du coltan. Le Rwanda Mines, Petroleum and Gas Board n’a pas répondu aux questions de Global Witness et les autorités rwandaises n’ont pas répondu à Amnesty International.
Informations non divulguées. Le Rwanda ne publie pas le montant de ses contrats de sponsoring Visit Rwanda, ses recettes fiscales et redevances sur les exportations minières ventilées par minerai et origine, les comptes ou la structure de propriété de Zigama — dont le Trésor américain affirme qu’elle a transféré des dizaines de millions de dollars pour le M23 — ni les conditions du financement actuel de ses troupes au Mozambique. La presse indépendante rwandaise dispose de peu d’espace pour enquêter sur ces questions. Lorsque les gouvernements maintiennent leurs comptes fermés, l’absence de piste financière publique est un signe de leur opacité, non la preuve qu’aucun fait ne s’est produit.
Il appartient donc à Kigali de rendre des comptes. Un gouvernement affirmant que sa croissance minière est légitime peut publier les données de production par mine, les données d’exportation par provenance, les recettes publiques du secteur et le financement de ses projets de prestige. Tant qu’il ne le fait pas, une conclusion raisonnable tirée des éléments publics est que les minerais congolais alimentent l’économie rwandaise et, par son intermédiaire, les choix de dépenses de l’État. Dans son arrêt de 2005, la Cour internationale de Justice a tenu l’Ouganda responsable du pillage commis par ses soldats même en l’absence de preuve d’une politique délibérée de l’État ; les preuves concernant le Rwanda sont déjà plus fortes, puisqu’elles montrent l’implication directe d’institutions étatiques, dont l’armée et Zigama, dans les transferts de minerais.
Notre analyse : pourquoi les incitations comptent
Selon notre analyse, l’est du Congo est devenu l’une des sources de devises les plus précieuses du Rwanda, que son gouvernement a de fortes raisons de protéger. C’est important au regard des engagements pris par Kigali. Le projet d’aéroport international de Bugesera a été redéfini en 2019 avec une participation de 60 % de Qatar Airways, et son coût estimé a depuis atteint jusqu’à 2 milliards de dollars. La contribution directe du Rwanda n’a pas été publiée. Selon des projections rapportées en 2025, le FMI a averti que l’aéroport alourdirait considérablement le service de la dette et porterait la dette publique à 86,3 % du PIB en 2026 ; Fitch prévoyait une stabilisation autour de 81 % en tenant compte des engagements liés à l’aéroport. Kigali a également conclu un accord de dix ans pour accueillir le Grand Prix d’Afrique de Formule 1 sur un circuit prévu à Bugesera, avec une première course attendue au début des années 2030. Annoncé le 13 octobre 2026, deux semaines avant les dernières sanctions américaines, cet accord ajoute un autre engagement sportif international majeur au projet d’aéroport et aux contrats de sponsoring footballistique du Rwanda. Son coût pour l’État rwandais n’a pas été publié. En 2023, le Rwanda a également signé un accord pour accueillir un réacteur nucléaire expérimental.
Ses partisans y voient des investissements dans une économie moderne. Nous y voyons des projets de prestige qui profitent peu à la plupart des Rwandais, dont une grande partie vit encore en milieu rural et dans la pauvreté, tout en engageant l’État dans des dettes qu’il devra rembourser indépendamment de la situation au Congo. Un gouvernement soumis à de telles pressions a toutes les raisons de conserver le contrôle d’une zone lucrative ; se retirer reviendrait à y renoncer au moment où les factures arrivent.
Des mines congolaises aux maillots du football européen
Les mêmes priorités se retrouvent dans le sport mondial. La marque Visit Rwanda sponsorise Arsenal depuis 2018 dans le cadre d’un contrat évalué à plus de 10 millions de livres sterling par an, qui prend fin après la saison 2025-2026. Elle sponsorise le Paris Saint-Germain depuis 2019, avec une prolongation jusqu’en 2028, le Bayern Munich depuis 2023 et l’Atlético de Madrid jusqu’en juin 2028. Les RDF possèdent elles-mêmes les clubs sportifs APR ; après les sanctions de mars 2026, l’équipe de basketball d’APR s’est retirée de la Basketball Africa League soutenue par la NBA.
Le Rwanda n’a jamais publié les montants versés à ces clubs : personne hors du gouvernement ne peut donc relier des ventes précises de minerais à des paiements précis de sponsoring, et Kigali rejette l’accusation de « sportswashing ». Ce silence n’est pas une réponse. Les recettes minières rwandaises ont plus que quadruplé depuis 2017, sur la base de volumes que ses propres mines ne peuvent expliquer, et l’argent est fongible. Un gouvernement dont les recettes en devises dépendent de plus en plus de minerais quittant un territoire que son armée contribue à contrôler, tout en dépensant des millions par an pour promouvoir son image à travers des clubs étrangers, finance de fait son image avec des ressources prélevées au Congo. En février 2025, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a écrit à Arsenal, au PSG et au Bayern Munich pour leur demander de mettre fin à ce qu’elle a appelé des contrats de sponsoring « tachés de sang ». La décision d’Arsenal de ne pas renouveler son contrat laisse les autres clubs face à la même question.
Sanctions et partenariat simultanés : les signaux contradictoires de Washington
Les sanctions sont censées signifier qu’une relation a changé. Pourtant, dans de nombreux domaines, les États-Unis restent un partenaire du Rwanda et, selon notre analyse, Kigali y voit le point faible des sanctions : la preuve que la colère de Washington se limite à un ministère tandis que le reste de la relation continue.
Santé et aide
Le 5 décembre 2025, au lendemain de la signature des Accords de Washington, le département d’État américain a conclu avec le Rwanda un accord-cadre sanitaire quinquennal de 228 millions de dollars au titre de sa stratégie « America First Global Health », deuxième accord de ce type après celui conclu avec le Kenya. Sur cette somme, les États-Unis devraient fournir 158 millions de dollars et le Rwanda s’est engagé à investir 70 millions de dollars de ressources nationales dans la santé. Nous n’avons trouvé aucune information faisant état d’une suspension de cet accord depuis les sanctions contre les RDF et le ministère de la Défense. Soutenir la santé des Rwandais ordinaires est juste en soi. Mais poursuivre un accord bilatéral phare tout en sanctionnant l’armée adresse à Kigali un message contradictoire sur la détermination de Washington.
Minerais et industrie américaine
Les liens dans le secteur minier sont encore plus étroits. La US International Development Finance Corporation (DFC), agence gouvernementale américaine, a financé Trinity Metals, qui exploite au Rwanda des mines de tungstène, d’étain et de tantale. Trinity affirme avoir expédié plus de 320 tonnes de concentré de tungstène vers la Pennsylvanie et pouvoir fournir jusqu’à 20 % du concentré de tungstène primaire traité aux États-Unis. Le fournisseur américain d’étain Nathan Trotter a signé une lettre d’intention avec Trinity pour créer une filière d’approvisionnement entre les États-Unis et le Rwanda alimentant une raffinerie de 65 millions de dollars prévue en Virginie. En août 2026, le sous-secrétaire américain Helberg a publiquement présenté Trinity comme un exemple de chaîne d’approvisionnement sûre en minerais. Pendant les négociations de paix, Reuters a rapporté que Washington avait pris contact avec « probablement jusqu’à 30 » investisseurs américains concernant l’extraction et la transformation minières au Rwanda et que le cadre économique envisagé pourrait permettre l’exportation de minerais congolais vers le Rwanda pour y être transformés.
Il n’existe aucune preuve que la production propre de Trinity provienne de la RDC ; ses mines se trouvent au Rwanda. Le risque concerne le système plus vaste sur lequel s’appuie la politique américaine. Entre 2013 et 2022, le Rwanda a expédié aux États-Unis plus de 2 000 tonnes de minerais et concentrés de tantale, pour une valeur supérieure à 135 millions de dollars, représentant à un moment donné plus de la moitié des importations américaines, selon une analyse de l’Oakland Institute fondée sur les données de l’Institut géologique américain. Argus Media rapporte que ces importations directes sont depuis tombées à presque rien, mais que le coltan rwandais continue d’entrer dans des produits vendus aux États-Unis en passant par des fonderies en Chine et ailleurs, selon Global Witness. Comme indiqué plus haut, le système d’exportation rwandais a servi à étiqueter du coltan congolais de contrebande comme étant rwandais, tandis que Kigali refuse le test d’empreinte analytique permettant d’en vérifier l’origine.
Il s’agit d’une préoccupation concernant l’ensemble du système d’exportation rwandais, et non d’une accusation contre Trinity. À notre avis, c’est la contradiction centrale de la politique américaine. Washington sanctionne les RDF pour avoir aidé le M23 à s’emparer de mines congolaises, tout en encourageant l’industrie américaine à dépendre davantage des minerais rwandais et en présentant le Rwanda comme un centre régional de transformation du minerai congolais. Si l’origine rwandaise de chaque minerai destiné aux États-Unis n’est pas vérifiée de manière indépendante, les entreprises américaines risquent d’acheter précisément les minerais que les sanctions sont censées empêcher de commercialiser, et Kigali a peu de raisons de croire que Washington laissera les sanctions nuire à une filière d’approvisionnement que les États-Unis cherchent eux-mêmes à développer.
Trente ans de relations politiques et militaires entre les États-Unis et le Rwanda
La conviction de Kigali de pouvoir résister aux pressions s’enracine dans l’histoire. Celle-ci comprend une assistance américaine documentée, des allégations crédibles d’implication plus profonde, des années de réticence diplomatique et au moins une période de pressions réelles. Il convient de préciser la nature de chaque élément.
1990–1994 : de Fort Leavenworth au génocide
Paul Kagame suivait une formation au US Army Command and General Staff College, à Fort Leavenworth, en octobre 1990, lorsque le Front patriotique rwandais (FPR) a envahi le Rwanda depuis l’Ouganda. Il est parti en prendre le commandement. Pendant le génocide de 1994, des archives déclassifiées publiées par le National Security Archive montrent que les États-Unis ont d’abord cherché à se retirer : le 15 avril, le département d’État a donné instruction à ses diplomates de s’opposer au maintien de la mission de l’ONU au Rwanda et, le 21 avril, sous l’impulsion américaine, le Conseil de sécurité l’a réduite à une présence résiduelle. Pendant des semaines, les responsables ont évité le mot « génocide ». Une fois la victoire du FPR acquise, l’inaction a laissé place au partenariat, et le président Clinton a présenté des excuses à Kigali en 1998 pour l’échec de la communauté internationale. À notre avis, cette culpabilité est devenue l’un des fondements de la réticence occidentale à examiner les agissements du FPR lui-même.
1996–1998 : les guerres du Congo
Les troupes rwandaises ont mené la campagne de 1996 qui a démantelé les camps de réfugiés dans l’est du Zaïre et porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir. Un rapport de Human Rights Watch et de la FIDH publié en 1997 a documenté des massacres de réfugiés commis à grande échelle par l’alliance rebelle et les forces rwandaises. Il indiquait que les États-Unis avaient apporté un soutien politique déterminant au Rwanda pendant cette campagne et rapportait les déclarations de témoins bien informés selon lesquelles des militaires américains auraient formé et assisté des troupes rwandaises sur le sol congolais. Ce dernier point demeure une allégation qui n’a pas été établie de manière indépendante ; Human Rights Watch a demandé à Washington de rendre publique son implication militaire. Le Rapport Mapping des Nations unies de 2010 a ensuite documenté des crimes graves commis au Congo entre 1993 et 2003, notamment par les forces rwandaises. Le Rwanda a rejeté ce rapport et aucune poursuite internationale n’a suivi.
Années 2000 : le partenaire modèle
L’assistance américaine documentée s’est développée pendant cette période. À partir de 2004, Washington a contribué à former les soldats rwandais de maintien de la paix et à assurer leur transport aérien, en commençant par le Darfour. Des personnalités occidentales, notamment Bill Clinton à travers les activités sanitaires de sa fondation et Tony Blair par l’intermédiaire de conseillers placés à Kigali, ont exprimé publiquement leur admiration pour la gouvernance rwandaise. Cela a rendu les critiques de sa conduite régionale politiquement délicates à Washington et à Londres.
2012–2013 : lorsque les pressions ont fonctionné
La politique américaine n’a pas toujours été protectrice envers Kigali. Lorsque le M23 s’est emparé de Goma pour la première fois en 2012, l’administration Obama a suspendu le financement militaire étranger destiné au Rwanda et, en octobre 2013, elle a bloqué la formation et le financement militaires en application de la loi américaine sur la prévention de l’utilisation d’enfants soldats. Les bailleurs européens ont suivi. Le M23 s’est effondré en novembre 2013 face à une brigade renforcée de l’ONU et à une armée congolaise réorganisée ; des analystes de Just Security ont conclu que les pressions internationales avaient contribué à amener le Rwanda à suspendre son soutien. Mais de nombreuses restrictions ont ensuite fait l’objet de dérogations sans reddition de comptes, et Kigali a appris qu’il pouvait attendre que les pressions s’essoufflent.
Les accusations contre Washington
Les critiques africains, la société civile congolaise et les organisations de défense des droits humains formulent depuis longtemps plusieurs accusations contre la politique américaine. Il s’agit de critiques et d’interprétations, non de faits définitivement établis, mais elles expliquent pourquoi de nombreux Congolais accueillent les sanctions actuelles avec méfiance.
Indignation sélective. En décembre 2012, le New York Times a examiné les relations entre Susan Rice, alors ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU et connaissance de longue date de Kagame, et la gestion américaine de la crise congolaise, à une époque où des critiques accusaient les diplomates américains d’atténuer les pressions sur Kigali. Rice a défendu son bilan.
Les minerais avant la paix. Parallèlement aux Accords de Washington, les États-Unis ont signé un accord de partenariat stratégique avec la RDC. Une note de janvier 2026 adressée à la sous-commission de la Chambre des représentants chargée de l’Afrique par Public Citizen, Friends of the Congo et leurs partenaires indiquait que cet accord réservait aux entreprises américaines un droit de première offre sur des actifs miniers stratégiques, obligeait la RDC à modifier son droit minier dans un délai d’un an et laissait la plupart des engagements américains non contraignants. Il n’a pas été soumis au Parlement congolais.
Un levier de pression abandonné. En novembre 2025, les sénateurs démocrates Tim Kaine, Cory Booker, Chris Van Hollen, Peter Welch et Jeff Merkley ont demandé au secrétaire d’État Marco Rubio comment l’accord de transfert de personnes expulsées vers le Rwanda éviterait d’affaiblir l’influence américaine et ont critiqué les réductions du financement des opérations de maintien de la paix de l’ONU, qui diminuent les capacités de la MONUSCO.
La construction de l’armée aujourd’hui sanctionnée. Des critiques soulignent que le professionnalisme des RDF, qui les rend utiles comme force de maintien de la paix et comme force de sécurité mise à disposition d’autres pays, a été développé en partie grâce à la formation et à la logistique occidentales.
Des défenseurs rémunérés
Kigali investit dans ses relations américaines. En mars 2025, il a recruté Yorktown Solutions moyennant 80 000 dollars par mois, et l’enquête Rwanda Classified de Forbidden Stories a identifié au moins une douzaine d’agences de relations publiques et de lobbying travaillant pour Kigali aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les déclarations faites au titre du Foreign Agents Registration Act montrent que l’ambassade du Rwanda a enregistré de nouveaux agents en 2026, après les sanctions contre les RDF. Le lobbying est légal et largement pratiqué, y compris par la RDC. Le point essentiel est que le Rwanda dispose de réseaux et de la patience nécessaires pour agir auprès de chaque branche du gouvernement et des deux partis politiques en attendant.
Pourquoi les gouvernements occidentaux continuent de coopérer avec Kigali
Mobutu Sese Seko a conservé le pouvoir au Zaïre pendant 32 ans, notamment parce qu’il était utile aux capitales occidentales. Selon notre analyse, le Rwanda a construit une version moderne de ce marché. Il propose des troupes disciplinées pour des missions que d’autres ne veulent pas assumer, la sécurité d’investissements énergétiques, une coopération migratoire et un récit de développement que les bailleurs peuvent promouvoir. Chaque service crée à l’étranger des acteurs qui ont intérêt au maintien de bonnes relations.
Mozambique, TotalEnergies et migration
Le Rwanda a déployé des troupes à Cabo Delgado en juillet 2021, après qu’une attaque liée à l’État islamique eut interrompu un projet de gaz naturel liquéfié de TotalEnergies, évalué à 20 milliards de dollars. Il y maintient aujourd’hui environ 5 000 militaires, et TotalEnergies a repris la construction après avoir levé le cas de force majeure en octobre 2025. L’Union européenne a financé ce déploiement par la Facilité européenne pour la paix à hauteur de 20 millions d’euros en 2022, puis à nouveau en 2024. Ce financement n’a pas été renouvelé à son expiration en mai 2026. Le Rwanda avait averti en mars qu’il partirait si aucun financement n’était trouvé. En mai, son ministre des Affaires étrangères a déclaré que le Mozambique avait obtenu les fonds nécessaires à la mission, sans en révéler le montant, la provenance ou les conditions.
La position européenne est donc contradictoire. Les gouvernements condamnent le rôle du Rwanda au Congo tout en s’appuyant sur son armée pour sécuriser des actifs énergétiques européens. Le dispositif britannique d’asile avec le Rwanda a pris fin en 2024, même si Kigali poursuit un arbitrage concernant son annulation, et le Rwanda a accepté en août 2025 de recevoir jusqu’à 250 migrants en provenance des États-Unis. L’UE a sanctionné plusieurs officiers rwandais et la raffinerie de Gasabo en mars 2025, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne ont suspendu une aide, mais ni l’UE ni le Royaume-Uni n’ont repris les désignations américaines visant les RDF ou le ministère de la Défense.
Le Qatar et les bailleurs de fonds
Le Qatar assure la médiation des négociations distinctes entre Kinshasa et le M23 et détient, par l’intermédiaire de Qatar Airways, 60 % du projet d’aéroport de Bugesera. L’aide occidentale s’est également montrée indulgente. Plusieurs bailleurs avaient suspendu leur appui budgétaire au début de 2025, mais en juillet, le président Kagame a affirmé que certains avaient discrètement annulé leurs décisions, et le Congo Research Group a signalé des décaissements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. En avril 2026, quelques semaines après les sanctions contre les RDF, le Rwanda a contracté un emprunt commercial de 213 millions d’euros garanti par l’Association internationale de développement de la Banque mondiale. Parce que l’argent est fongible, une aide extérieure à la santé ou aux routes libère des ressources nationales pour d’autres priorités.
Les trois rôles militaires du Rwanda
Selon les chiffres de l’ONU, le Rwanda était en février 2026 le principal contributeur de personnel en uniforme aux opérations de maintien de la paix, avec 4 405 personnes, principalement au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Parmi elles figuraient 3 379 soldats, 47 officiers d’état-major et 22 experts militaires en mission issus des RDF, ainsi que 880 policiers appartenant à des unités constituées et 77 policiers individuels de la Police nationale rwandaise. À ce rôle onusien s’ajoutent deux autres rôles des RDF. Elles déploient des forces dans le cadre d’accords bilatéraux au Mozambique et en République centrafricaine et, selon le Groupe d’experts de l’ONU et le Trésor américain, des troupes aux côtés du M23 dans les Kivus : entre 14 000 et 18 000 selon l’estimation prudente de l’ONU, soit plus de trois fois les effectifs fournis par le Rwanda aux Nations unies. Ces trois rôles militaires relèvent du ministère de la Défense désormais sanctionné par Washington.
Les sanctions américaines n’excluent pas juridiquement un pays des opérations de maintien de la paix de l’ONU ; cette décision appartient aux Nations unies, à leurs procédures de vérification des droits humains et au Conseil de sécurité. Mais la contradiction est manifeste. Le 29 septembre 2026, la RDC a demandé au Conseil de sécurité d’exclure le Rwanda des futurs déploiements. Forbidden Stories a rapporté que Kigali considère son rôle de maintien de la paix comme un bouclier contre les sanctions de l’ONU, un ancien responsable décrivant les menaces de retrait des troupes comme une réponse habituelle aux pressions. À notre avis, une ONU qui dépend de troupes commandées par un ministère défiant une résolution unanime adoptée au titre du chapitre VII affaiblit sa propre autorité et devrait suspendre tout nouveau déploiement rwandais jusqu’à la mise en œuvre de la résolution 2773.
Une administration démocrate changerait-elle la politique américaine de sanctions ?
De nombreux observateurs de la région des Grands Lacs pensent que Kigali cherche à gagner du temps dans l’espoir qu’un retour des démocrates au pouvoir allégera les pressions. Il s’agit de notre interprétation de la stratégie rwandaise, et non d’une politique déclarée. À l’examen du calendrier, du droit et des précédents, cet espoir paraît peu solide.
Le calendrier
Les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 déterminent le contrôle du Congrès, pas directement la politique de sanctions. Les désignations au titre du décret présidentiel 13413 sont décidées et levées par le pouvoir exécutif. Un Congrès démocrate pourrait organiser des auditions, exiger des rapports et conditionner l’aide, mais ne pourrait pas retirer directement les RDF ou le ministère de la Défense de la liste des sanctions. Un président démocrate ne pourrait entrer en fonction au plus tôt qu’en janvier 2029.
Le droit
Une future administration disposerait d’une véritable marge de manœuvre juridique. L’OFAC peut lever des désignations lorsque les circonstances changent ou que le fondement de l’inscription ne s’applique plus, et un président peut modifier ou abroger le décret lui-même. Le Trésor affirme que l’objectif de ces sanctions est de provoquer un changement de comportement. L’obstacle n’est donc pas juridique mais politique : lever les sanctions sans retrait vérifié aurait un coût diplomatique et réputationnel élevé, y compris au sein du Parti démocrate.
Les précédents
Le bilan démocrate concernant le Rwanda est contrasté, mais ses prises de position récentes vont dans le sens d’une pression accrue. Une administration démocrate a réduit l’aide militaire en 2012 et 2013. L’administration Biden a sanctionné le général de brigade Nyamvumba en 2023. En mars 2023, les sénateurs Dick Durbin et Cory Booker ont exhorté le département d’État à agir contre le Rwanda en application de la loi sur la prévention de l’utilisation d’enfants soldats. En août 2024, le sénateur démocrate Jeff Merkley s’est joint à la républicaine Marsha Blackburn pour interroger la NBA sur ses relations avec le gouvernement Kagame. En novembre 2025, cinq sénateurs démocrates ont critiqué l’administration Trump pour avoir échangé des leviers de pression contre des arrangements concernant les expulsions et les minerais. L’argument opposé, qu’il faut également considérer, est que les administrations démocrates ont compté parmi elles certains des admirateurs occidentaux les plus proches de Kagame et qu’une future administration pourrait préférer une diplomatie discrète. Un changement de méthode demeure possible.
Le coût d’un revirement
Lever les sanctions alors que des troupes rwandaises demeurent au Congo reviendrait à récompenser les comportements qu’elles étaient censées faire cesser : soutien militaire au M23, extraction de coltan et d’or et défi à une résolution unanime du Conseil de sécurité. Cela reviendrait à accepter une catastrophe humanitaire marquée par le déplacement de millions de personnes et des dizaines de milliers de cas de violences sexuelles enregistrés chaque année. Un parti qui a accusé ses adversaires de mener une politique étrangère transactionnelle ne peut, sans perdre sa crédibilité, alléger la pression sur une armée dont le Trésor américain affirme qu’elle combat aux côtés d’un groupe rebelle responsable d’abus. Toute administration, quel que soit son parti, qui agirait ainsi serait considérée au Congo et au-delà comme ayant composé avec les atrocités plutôt qu’avec le Congo.
Notre analyse : l’espoir qu’une victoire démocrate libère Kigali des sanctions alors que ses troupes restent au Congo n’est pas réaliste. Le risque principal est ailleurs : qu’une administration américaine, quelle qu’elle soit, accepte un marché fondé sur les minerais et les investissements, dans lequel le retrait du Rwanda serait promis mais jamais vérifié.
Civils et responsabilité judiciaire
Le coût humain
Chaque mois de retard se mesure en vies congolaises. Le plan de réponse humanitaire de 2026 identifie 14,9 millions de personnes ayant besoin d’aide dans l’ensemble de la RDC. L’analyse de crise publiée par Sida en mars 2026 cite 6,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays en janvier 2026, pour la plupart dans l’est, ainsi qu’environ 3,2 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire d’urgence. Entre janvier et septembre 2025, les agences ont documenté plus de 160 000 cas de violences fondées sur le genre, dont plus de 90 000 cas de violences sexuelles.
Les combats autour d’Uvira en décembre 2025 ont tué plus de 70 civils et déplacé plus de 200 000 personnes en quelques jours ; près de 25 000 ont fui vers le Burundi et le Programme alimentaire mondial a suspendu ses opérations dans l’ensemble du Sud-Kivu. Parallèlement, le financement humanitaire s’est effondré. En décembre 2025, le plan de l’année écoulée n’avait reçu qu’environ un cinquième des fonds nécessaires, son niveau le plus faible depuis 2017.
La vie sous une administration de groupe armé
En juin 2026, Human Rights Watch a publié « Death Was Everywhere » (« La mort était partout »), une enquête fondée sur des entretiens avec 102 anciens détenus, témoins et responsables. L’organisation a constaté que le M23 arrêtait des personnes aux points de contrôle, dans les hôpitaux, les églises et les écoles, et les détenait dans les camps de Rumangabo et de Tshanzu, où des centaines de personnes, peut-être davantage, sont mortes en 2025, beaucoup lors d’exécutions sommaires. Elle a documenté le recrutement forcé de civils et de combattants capturés, dont des enfants âgés de seulement 12 ans, et rapporté que d’anciens détenus avaient reconnu des soldats rwandais parmi les formateurs et commandants. Human Rights Watch a qualifié les abus de crimes de guerre devant faire l’objet d’enquêtes en tant que possibles crimes contre l’humanité. Le Rwanda et le M23 nient les accusations.
Le quotidien à Goma reflète le même isolement. Dans un témoignage publié début 2026 par The New Humanitarian, un journaliste basé à Goma a décrit des banques fermées par le gouvernement congolais depuis la prise de la ville, une pénurie de dollars, un aéroport fermé obligeant les voyageurs à passer par Kigali ou l’Ouganda, des pertes d’emplois et des entreprises déplacées, ainsi que des travaux de nettoyage obligatoires le samedi, imposés sous peine d’amendes ou de violences physiques. En septembre 2026, Amnesty International a documenté la mort de 18 mineurs à Rubaya et Lomera, ainsi que des actes de torture et de travail forcé dans des mines contrôlées par le M23, abus qui, selon l’organisation, pourraient constituer des crimes de guerre.
Un refuge à l’abri de la justice
Les territoires contrôlés par le M23 sont aussi devenus des lieux où des personnes visées par des sanctions, condamnées pénalement ou faisant l’objet de graves accusations vivent hors de portée des tribunaux. Leurs situations juridiques diffèrent et doivent être présentées avec précision.
Sultani Makenga, commandant militaire du M23, fait l’objet de sanctions de l’ONU et des États-Unis depuis 2012. Corneille Nangaa, chef de l’Alliance fleuve Congo, a été sanctionné par les États-Unis en juillet 2024 ; en août 2024, un tribunal militaire de Kinshasa l’a condamné par contumace à mort pour crimes de guerre, insurrection et trahison ; il a ensuite été ajouté à la liste des sanctions de l’ONU aux côtés du chef du renseignement du M23, John Imani Nzenze, également sanctionné par les États-Unis en 2026. L’ancien président Joseph Kabila a été photographié dans sa résidence de Goma, alors contrôlée par le M23, en mai 2025. En septembre 2025, un tribunal militaire congolais l’a condamné par contumace à mort pour trahison, crimes contre l’humanité et d’autres infractions, et en avril 2026 le Trésor américain l’a sanctionné pour son soutien au M23. Aucun de ces hommes n’a été condamné par une juridiction internationale, et les verdicts nationaux ont été prononcés en leur absence. La RDC a offert une récompense de 5 millions de dollars pour les dirigeants du M23. Aucun n’a été arrêté.
Leur liberté de mouvement dépend de l’incapacité de l’État congolais à pénétrer sur le territoire qu’ils contrôlent, conséquence directe de la protection militaire fournie par le Rwanda au M23. Les tribunaux de Kinshasa peuvent prononcer des condamnations, l’ONU peut inscrire des noms sur ses listes et Washington peut geler des avoirs, mais les mandats ne peuvent être exécutés à Goma ou Bukavu. La même protection s’étend aux officiers rwandais que le Trésor américain et les experts de l’ONU ont associés aux opérations du M23. À notre avis, tant que le Rwanda restera présent, l’est du Congo restera un refuge à l’abri de la justice et de l’État de droit, et toute personne sanctionnée ou accusée qui s’y trouve aura une raison de soutenir la décision de Kigali de rester.
Comment rendre les sanctions plus efficaces
Si l’objectif est le retrait plutôt que la condamnation verbale, les mesures déterminantes sont celles qui touchent les autres recettes du Rwanda et ses moyens de pression.
Aligner l’Europe sur Washington. L’UE et le Royaume-Uni devraient reprendre les désignations américaines des RDF, de leurs commandants, du ministère de la Défense et de Zigama, et l’UE devrait suspendre son protocole d’accord de 2024 avec le Rwanda sur les matières premières critiques.
Sanctionner la filière de Rubaya. Les États-Unis, l’UE et le Royaume-Uni devraient sanctionner l’administration minière du M23 qui taxe Rubaya ainsi que les exportateurs, négociants et raffineurs reconnus comme acheteurs de son coltan.
Fermer la filière minière illicite. Les raffineurs, fonderies et entreprises technologiques devraient considérer comme à haut risque le coltan, l’étain et l’or exportés du Rwanda tant qu’un système de traçabilité indépendant ne peut distinguer la production rwandaise des minerais congolais.
Mettre fin aux signaux contradictoires de Washington. Le soutien humanitaire et sanitaire aux Rwandais ordinaires devrait se poursuivre, mais tout nouveau financement public américain destiné à l’extraction et à la transformation minières au Rwanda devrait être conditionné à un retrait vérifié, et chaque envoi de minerais du Rwanda vers les États-Unis devrait exiger une preuve indépendante de l’origine, notamment par le test d’empreinte analytique.
Cesser d’acheter les services. Aucun État ne devrait financer bilatéralement les RDF au Mozambique tant qu’elles restent au Congo, et les gouvernements occidentaux ne devraient pas élargir leurs arrangements migratoires avec Kigali.
Conditionner les opérations de maintien de la paix. L’ONU devrait suspendre les nouveaux déploiements rwandais jusqu’à la mise en œuvre de la résolution 2773, avec un calendrier public de réexamen.
Vérifier les engagements des deux parties. Le désengagement du Rwanda et la neutralisation des FDLR devraient être surveillés par un mécanisme indépendant pouvant accéder aux deux côtés de la frontière, afin qu’aucun gouvernement ne puisse se cacher derrière les retards de l’autre.
Protéger les civils et poursuivre la justice. Les bailleurs réduisant leur soutien à Kigali devraient réorienter leurs ressources vers les civils congolais, et la communauté internationale devrait soutenir les enquêtes sur les abus documentés par l’ONU et Human Rights Watch.
Conclusion : des sanctions sans conséquences ne sont que des déclarations
Les désignations du 28 octobre nomment le ministère, la banque et la filière aurifère. Elles constituent l’affirmation la plus claire à ce jour que Washington tient le Rwanda pour responsable de la guerre du M23. Mais Kigali a appris en trente ans que la condamnation occidentale et la dépendance occidentale vont souvent de pair. Tant que l’Europe s’appuie sur les troupes rwandaises pour protéger son gaz, que les bailleurs rétablissent leur aide et que les partenaires du Golfe investissent dans ses projets de prestige, les seules sanctions de Washington risquent davantage d’être absorbées que respectées.
Au vu des éléments disponibles, le Rwanda reste dans l’est du Congo parce que rester lui coûte encore moins cher que partir. Pour changer cette situation, il faut que chaque gouvernement qui condamne l’occupation cesse de la récompenser. Il faut également reconnaître que le retrait est une condition préalable à la justice : tant que les forces rwandaises ne partiront pas, l’est du Congo restera un lieu où des commandants sanctionnés et des personnes accusées de crimes graves vivent hors de portée des tribunaux, et où les civils paient le prix de la complaisance des autres.
Foire aux questions
Pourquoi les États-Unis ont-ils sanctionné le ministère rwandais de la Défense ?
Selon le Trésor américain, le ministère a fourni un soutien matériel aux Forces rwandaises de défense, qui ont déployé des milliers de soldats aux côtés du M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et lui ont fourni des armes, une formation et un appui logistique, en violation des Accords de Washington de décembre 2025.
Qu’est-ce que Zigama Credit and Savings Society ?
Zigama est un établissement financier rwandais au service des forces de sécurité du pays. Selon le Trésor américain, il a payé des achats d’armes pour les RDF, transféré de l’or des zones contrôlées par le M23 vers Kigali et traité des dizaines de millions de dollars pour le M23 et l’Alliance fleuve Congo.
Les sanctions touchent-elles les banques étrangères ?
Pas automatiquement. Les personnes américaines doivent bloquer les avoirs des entités concernées, et les personnes non américaines ne peuvent pas provoquer une violation des sanctions par des personnes américaines. Les banques étrangères s’exposent à des risques pour certaines transactions et peuvent être sanctionnées si elles apportent une assistance matérielle aux entités désignées.
Le Rwanda occupe-t-il l’est de la RDC ?
Aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur ce point. En juin 2026, Human Rights Watch a conclu que les forces rwandaises exerçaient un contrôle effectif sur les zones tenues par le M23, répondant au critère juridique de l’occupation militaire. Le Rwanda nie y déployer des troupes.
Pourquoi les sanctions n’ont-elles pas provoqué le retrait rwandais ?
Selon notre analyse, le Rwanda continue de tirer des avantages de sa présence dans l’est du Congo : les recettes de ses exportations minières sont passées d’environ 772 millions de dollars en 2022 à 1,75 milliard en 2024, avec des volumes de coltan qui semblent dépasser sa production intérieure, tandis que la poursuite des partenariats américains dans la santé et les minerais, les partenariats sécuritaires européens, l’aide des bailleurs, les investissements du Golfe et son rôle dans les opérations de paix de l’ONU réduisent le coût des sanctions.
Les États-Unis ont-ils soutenu Paul Kagame par le passé ?
Oui. Kagame a étudié à Fort Leavenworth, les États-Unis ont apporté un soutien politique au Rwanda pendant la guerre du Congo de 1996 selon Human Rights Watch, et Washington a assuré la formation et le transport aérien de soldats rwandais de maintien de la paix à partir de 2004. La principale exception fut la période 2012-2013, lorsque l’administration Obama a réduit l’aide militaire en raison du M23.
Une administration démocrate pourrait-elle lever les sanctions américaines contre le Rwanda ?
Elle en aurait juridiquement le pouvoir, mais une levée des sanctions sans retrait vérifié aurait un coût politique important. Une présidence démocrate ne pourrait commencer au plus tôt qu’en janvier 2029, et les positions démocrates récentes vont dans le sens d’une pression accrue sur le Rwanda.
Comment vivent les civils dans les zones contrôlées par le M23 ?
Human Rights Watch a documenté en 2025 des détentions arbitraires, des meurtres et des recrutements forcés, y compris d’enfants. À Goma, les banques et l’aéroport restent fermés, et 6,4 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur de la RDC en janvier 2026.
Références
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Auteur : équipe éditoriale d’Africa Realities Media
Méta-titre : Pourquoi Kagame défie les sanctions américaines contre le Rwanda au sujet de la RDC
Méta-description : Les États-Unis ont sanctionné le ministère rwandais de la Défense pour son soutien au M23. Minerais, partenariats occidentaux et trente ans de soutien américain expliquent pourquoi Kagame continue de défier ces pressions.
Mots-clés : sanctions américaines contre le Rwanda, sanctions contre le ministère rwandais de la Défense, sanctions contre Zigama, M23, conflit Rwanda-RDC, résolution 2773, soutien américain à Kagame, politique démocrate envers le Rwanda, Visit Rwanda, crise humanitaire dans l’est de la RDC
Avertissement : Cet article combine des informations issues de sources publiques et l’analyse éditoriale d’Africa Realities Media. Les affirmations présentées comme nos analyses ou jugements sont des opinions éditoriales fondées sur les éléments disponibles ; lorsque le gouvernement rwandais n’a pas publié les informations financières pertinentes, nous le précisons. Les allégations formulées par des gouvernements, des organisations de défense des droits humains et d’autres acteurs sont attribuées à leurs sources. Le gouvernement du Rwanda nie soutenir le M23 ou déployer des troupes en RDC. Rien dans cet article ne constitue un conseil juridique, financier ou en matière d’investissement.

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