Skip to main content

Madame Juliana Amato Lumumba: Propositions stratégiques complètes pour une Francophonie transformée et utile aux peuples

 

THE AFRICAN RIGHTS CAMPAIGN

London, United Kingdom

africanrightscampaign@gmail.com

For the Peoples of the African Great Lakes Region

 

 

Londres, le 9 avril 2025

À l’attention de :

Madame Juliana Amato Lumumba

Candidate au poste de Secrétaire générale

Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

 

Objet : Propositions stratégiques complètes pour une Francophonie transformée et utile aux peuples 

Référence : ARC/OIF/2026/004

 

 

Madame la candidate,

 

C’est avec un sentiment de responsabilité profonde et d’urgence partagée que nous vous adressons cette lettre définitive, issue de deux correspondances précédentes et de l’analyse comparative approfondie que nous avons menée avec les grandes organisations internationales similaires à l’OIF, en particulier le Commonwealth, l’Union africaine, l’UNESCO et la Ligue des États arabes. Notre organisation, entièrement dévouée aux peuples de la région des Grands Lacs africains, vous soumet l’intégralité de ses recommandations stratégiques pour une Francophonie réellement transformée.

Pour chacune des dix-huit priorités que nous avons identifiées, nous exposons d’abord les problèmes concrets et documentés que la situation actuelle pose, puis nous vous soumettons les solutions et actions que votre programme devrait porter. Nous croyons que c’est à cette condition — partir des réalités et non des intentions — qu’un programme de candidature devient crédible aux yeux des peuples francophones.

 

 

I. La place du français dans la compétition mondiale des langues

Problèmes identifiés

Le français recule dans les espaces stratégiques de la connaissance et de la technologie. Dans les publications scientifiques internationales, sa part est inférieure à 4 %, contre plus de 55 % pour l’anglais. Les outils d’intelligence artificielle les plus utilisés dans le monde sont majoritairement entraînés sur des corpus anglophones, rendant leurs résultats en français moins performants. Dans plusieurs organisations internationales où le français est langue officielle — dont les Nations Unies et l’Union européenne — son usage effectif s’érode au profit de l’anglais. Dans les systèmes éducatifs de nombreux pays francophones africains, la qualité de l’enseignement en français est insuffisante, privant des millions d’enfants d’un accès réel au savoir. L’OIF ne s’est fixé aucun objectif chiffré ni calendrier public pour inverser ces tendances.

Priorités et solutions proposées

        Adopter une stratégie offensive et chiffrée pour le renforcement du français dans la recherche scientifique, avec des objectifs de publication mesurables

        Lancer un programme prioritaire d’amélioration de la qualité de l’enseignement du français dans les systèmes éducatifs des pays africains membres

        Négocier avec les grandes plateformes d’intelligence artificielle l’intégration systématique du français dans leurs corpus et modèles

        Mener un plaidoyer institutionnel ferme pour le respect effectif du statut du français dans toutes les organisations internationales où il est langue officielle

        Accélérer la production de contenus numériques éducatifs de haute qualité en français, accessibles gratuitement dans tout l’espace francophone

 

 

II. La réforme de la gouvernance de l’OIF

Problèmes identifiés

La gouvernance de l’OIF souffre d’un déficit chronique de transparence et de représentativité. Le processus de sélection du Secrétaire général repose sur des négociations diplomatiques opaques entre quelques États influents, sans programme public présenté par les candidats, sans débat ouvert et sans vote élargi. Aucune limitation formelle du nombre de mandats n’existe. Les pays africains, qui représentent la majorité des membres et l’essentiel de la croissance démographique de la Francophonie, restent sous-représentés dans les instances décisionnelles. Cette opacité nourrit la méfiance des États membres et affaiblit la légitimité de l’organisation dans son ensemble.

Priorités et solutions proposées

        Établir un processus électoral ouvert et compétitif, avec présentation publique des programmes stratégiques des candidats

        Instituer une limitation formelle et contraignante du nombre de mandats à la tête de l’OIF

        Garantir une représentation régionale équitable dans toutes les instances décisionnelles, avec une place accrue pour les pays africains francophones

        Publier annuellement un rapport d’audit financier indépendant, accessible à tous les États membres et aux sociétés civiles

        Créer un mécanisme formel de consultation des sociétés civiles et des organisations de jeunesse dans l’élaboration des programmes et des priorités stratégiques

 

 

III. La Francophonie utile au citoyen ordinaire

Problèmes identifiés

L’OIF est systématiquement perçue, notamment par la jeunesse africaine, comme une institution éloignée de ses réalités quotidiennes. Les enquêtes d’opinion menées dans plusieurs pays francophones africains montrent une faible connaissance des programmes de l’organisation et une perception dominante d’une institution au service des élites politiques. Le chômage des jeunes dans l’espace francophone africain dépasse souvent 30 %, sans que l’OIF ne dispose de programmes d’emploi à l’échelle des besoins. La mobilité académique et professionnelle entre pays francophones reste entravée par des obstacles administratifs et des politiques de visa discriminatoires que l’OIF n’a pas encore réussi à lever.

Priorités et solutions proposées

        Lancer un Programme francophone pour l’emploi des jeunes, doté de ressources significatives et d’objectifs chiffrés en termes d’insertion professionnelle

        Créer des incubateurs d’entreprises dans les pays francophones émergents, en priorité en Afrique centrale et de l’Ouest, dotés de mécanismes de financement accessibles

        Développer des plateformes d’apprentissage numérique en français, gratuites ou à faible coût, couvrant la formation professionnelle et les savoirs fondamentaux

        Négocier des accords bilatéraux de simplification des visas entre pays membres pour faciliter la mobilité académique et professionnelle

        Mettre en place une communication grand public sur les programmes de l’OIF, accessible aux jeunes dans les langues locales aux côtés du français

 

 

IV. Le financement autonome et innovant de la Francophonie

Problèmes identifiés

L’OIF dépend à plus de 85 % des contributions des États membres pour financer ses programmes. Cette dépendance la rend vulnérable aux pressions politiques et aux fluctuations des engagements gouvernementaux. Les contributions sont inégalement réparties, avec la France assumant à elle seule une part disproportionnée du budget, ce qui renforce la perception d’une organisation sous influence française. L’organisation ne dispose d’aucun fonds propre significatif lui permettant d’agir de manière autonome sur des projets stratégiques urgents. En comparaison, le Commonwealth a développé des partenariats avec le secteur privé et des mécanismes de financement alternatifs qui lui confèrent une capacité d’action plus flexible.

Priorités et solutions proposées

        Créer un Fonds francophone pour l’innovation et l’entrepreneuriat, alimenté par des contributions publiques et privées, avec une gestion indépendante

        Développer des partenariats stratégiques avec le secteur privé francophone mondial, incluant des entreprises africaines, en échange d’accès aux marchés de l’espace francophone

        Mettre en place une loterie internationale francophone en ligne pour financer des projets communautaires, sur le modèle éprouvé de la National Lottery britannique

        Lancer des initiatives économiques régionales génératrices de revenus propres pour l’OIF

        Rééquilibrer progressivement la structure des contributions pour réduire la dépendance à un nombre limité de grands donateurs

 

 

V. L’indépendance politique et la crédibilité de l’OIF

Problèmes identifiés

La Francophonie est largement perçue, en particulier en Afrique subsaharienne, comme un instrument de la politique africaine de la France. Cette perception repose sur des éléments concrets : la dominance financière de Paris dans le budget de l’organisation, la sélection opaque de ses dirigeants, et l’alignement fréquent des positions de l’OIF avec celles de la diplomatie française. Des décisions telles que l’absence de condamnation formelle de certaines violations de droits humains commises par des États membres proches de Paris ont nourri le sentiment d’une justice à deux vitesses. C’est ce sentiment qui a contribué, entre autres, au retrait des pays sahéliens en 2025.

Priorités et solutions proposées

        Adopter publiquement une doctrine d’indépendance institutionnelle de l’OIF vis-à-vis de tous ses membres, y compris les plus puissants

        Développer une diplomatie systématiquement équilibrée entre toutes les régions francophones, sans traitement préférentiel

        Réformer le mécanisme de sanctions pour le rendre transparent, équitable et appliqué de manière cohérente à tous les membres

        Publier régulièrement des positions institutionnelles claires sur les crises politiques affectant l’espace francophone, sans complaisance ni silence diplomatique commode

        Engager immédiatement un dialogue de réconciliation avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, sans conditions préalables et en reconnaissant les griefs légitimes exprimés

 

 

VI. Le numérique francophone et l’intelligence artificielle

Problèmes identifiés

La langue française est structurellement sous-représentée dans l’écosystème numérique mondial. Les grands modèles d’intelligence artificielle — ChatGPT, Gemini, Claude, Llama — sont entraînés à 90 % sur des données en anglais, produisant des résultats de qualité inférieure en français et dans les langues africaines. Les plateformes éducatives numériques de référence internationale sont majoritairement anglophones. L’accès à internet reste limité dans de nombreux pays francophones africains, avec des taux de connectivité parmi les plus faibles au monde. L’OIF a adopté une stratégie numérique 2022-2026, mais ses moyens restent insuffisants au regard de l’ampleur du défi et sans objectifs d’impact mesurables.

Priorités et solutions proposées

        Financer le développement de corpus linguistiques en français et dans les langues africaines pour améliorer la qualité des outils d’intelligence artificielle en français

        Négocier avec les grandes entreprises technologiques mondiales des accords de partenariat pour l’intégration du français dans leurs produits et services numériques

        Lancer un programme d’infrastructure numérique pour améliorer la connectivité dans les pays francophones les moins bien desservis

        Soutenir la création de startups technologiques francophones africaines par des financements dédiés et des programmes d’accélération

        Produire des contenus éducatifs numériques de haute qualité en français couvrant les niveaux primaire, secondaire et universitaire, accessibles hors connexion dans les zones à faible couverture réseau

 

 

VII. La coopération Sud-Sud et l’Afrique comme pivot stratégique

Problèmes identifiés

Les échanges académiques, scientifiques et professionnels dans l’espace francophone africain restent orientés principalement vers le Nord, notamment la France, la Belgique et le Canada. Les universités africaines francophones coopèrent peu entre elles et disposent de ressources insuffisantes pour développer des partenariats stratégiques avec leurs homologues du continent. Les obstacles à la mobilité — visas, reconnaissance des diplômes, transferts financiers — entre pays africains francophones sont souvent plus importants qu’entre un pays africain et un pays européen. Cette situation reproduit une logique de dépendance héritée de la période coloniale que la Francophonie devrait activement corriger.

Priorités et solutions proposées

        Financer un programme ambitieux de partenariats universitaires entre institutions académiques africaines francophones, en réduisant la dépendance vis-à-vis des universités du Nord

        Créer un Réseau scientifique francophone africain pour la production et le partage de connaissances sur les défis spécifiques au continent

        Mettre en place un programme de mobilité professionnelle et académique inter-africain, avec simplification des visas et reconnaissance mutuelle des diplômes

        Soutenir les partenariats commerciaux entre pays africains francophones en créant des plateformes de mise en relation et des facilités de financement

        Développer des centres régionaux d’excellence académique en Afrique francophone, capables de former localement les cadres et les chercheurs dont le continent a besoin

 

 

VIII. L’Institut francophone pour la langue, la recherche et le numérique

Problèmes identifiés

Il n’existe aucune institution internationale spécifiquement dédiée au développement scientifique et technologique de la langue française. La terminologie scientifique en français est insuffisamment développée dans des secteurs clés comme la biotechnologie, la robotique ou la cybersécurité. La traduction systématique des publications scientifiques majeures vers le français est absente, privant les communautés francophones d’un accès équitable au savoir mondial. La promotion culturelle de la langue française, bien qu’importante, ne saurait remplacer un investissement stratégique dans la dimension scientifique et technologique du français.

Priorités et solutions proposées

        Créer un Institut francophone international dédié à la recherche linguistique, au développement numérique et à la traduction scientifique, porté par l’OIF en partenariat avec les universités membres

        Développer la terminologie scientifique et technologique en français dans tous les secteurs stratégiques de l’économie de la connaissance

        Mettre en place un programme de traduction scientifique systématique des grandes revues internationales vers le français, accessible librement

        Créer un réseau décentralisé de centres régionaux de cet Institut, ancrés en Afrique centrale, Afrique de l’Ouest, Europe, Amérique du Nord et Asie

        Financer des certifications internationales reconnues en langue française pour renforcer son attractivité comme langue d’apprentissage

 

 

IX. L’égalité de genre et l’autonomisation des femmes

Problèmes identifiés

L’égalité de genre reste un objectif non atteint dans l’ensemble de l’espace francophone. Dans plusieurs pays francophones africains, le taux de scolarisation des filles au secondaire est inférieur à 30 %. Le taux de mortalité maternelle y est parmi les plus élevés au monde. Les femmes sont massivement sous-représentées dans les gouvernements, les parlements et les postes de direction économique. La violence basée sur le genre, y compris les violences sexuelles liées aux conflits armés, demeure un phénomène massif et insuffisamment combattu. L’OIF, qui consacre une part marginale de son budget à cette thématique, est très loin de l’ambition du Commonwealth qui en fait un pilier transversal de l’ensemble de son action stratégique.

Priorités et solutions proposées

        Élever l’égalité de genre au rang de pilier transversal de l’ensemble de la programmation de l’OIF, intégré dans chaque projet et chaque programme

        Tripler les ressources allouées au Fonds « La Francophonie avec Elles » et en élargir le périmètre à la santé, à l’éducation et à la protection juridique des femmes

        Imposer des objectifs contraignants de parité au sein des instances de gouvernance de l’OIF elle-même, en commençant par son propre secrétariat

        Lancer une stratégie francophone pour l’éducation des filles dans les pays où le taux de scolarisation féminine est alarmant, avec des bourses et des programmes de maintien scolaire

        Rendre opérationnel le Réseau francophone pour l’égalité et les droits des femmes, lancé en octobre 2024 lors du 19e Sommet de la Francophonie à Paris

        Soutenir spécifiquement les femmes victimes de violences sexuelles liées aux conflits dans les zones de guerre francophones, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo

 

 

X. Le changement climatique et la résilience environnementale

Problèmes identifiés

Les pays francophones africains figurent parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique, alors qu’ils contribuent de manière marginale aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. La sécheresse au Sahel, les inondations en Afrique centrale, la désertification progressive et l’insécurité alimentaire chronique déstabilisent des sociétés entières et alimentent des vagues migratoires et des conflits. L’accès aux financements climatiques internationaux — Fonds vert pour le climat, Fonds d’adaptation — reste extrêmement complexe pour ces pays en raison de capacités institutionnelles limitées. L’OIF ne dispose d’aucune stratégie climatique ambitieuse comparable à ce que le Commonwealth a inscrit comme pilier central de son plan 2025-2030.

Priorités et solutions proposées

        Créer un Fonds francophone pour la résilience climatique, dédié à l’adaptation dans les pays les plus vulnérables de l’espace francophone

        Mandater l’OIF pour défendre collectivement les intérêts des pays francophones africains lors des conférences climatiques internationales, en garantissant une voix francophone unifiée aux COP

        Développer un programme d’assistance technique pour aider les pays membres à accéder aux financements climatiques internationaux

        Intégrer une dimension genre dans toutes les politiques climatiques francophones, en reconnaissant que les femmes rurales sont les premières victimes du dérèglement climatique

        Lancer des programmes de formation à l’agroforesterie, aux énergies renouvelables et à la gestion durable des ressources naturelles, dispensés en français et dans les langues locales

 

 

XI. La paix, la sécurité et la crise sahélienne

Problèmes identifiés

Le retrait simultané du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’OIF en mars 2025 est la manifestation la plus grave de la crise de crédibilité de l’organisation. Ces trois pays ont invoqué une application sélective des sanctions et un mépris de leur souveraineté. Les conflits armés en Afrique francophone — République démocratique du Congo, République centrafricaine, Tchad — se poursuivent sans que l’OIF n’ait démontré une capacité de médiation significative. Le Conseil de sécurité de l’ONU a pourtant reconnu le rôle potentiel de l’OIF dans la consolidation de la paix en Afrique francophone, notamment en partenariat avec l’Union africaine et la CEDEAO. Ce potentiel reste largement inexploité.

Priorités et solutions proposées

        Ouvrir immédiatement un processus de dialogue sans conditions préalables avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, en reconnaissant les griefs légitimes exprimés

        Réformer le mécanisme de sanctions pour le rendre plus équitable, plus transparent et moins sujet à la perception de double standard

        Créer une unité de diplomatie préventive au sein de l’OIF, opérant en partenariat avec l’Union africaine, la CEDEAO et les organisations sous-régionales africaines

        Intégrer les femmes médiatrices et les organisations de jeunesse dans tous les processus de résolution de conflits impliqués par l’OIF

        Développer des programmes de réconciliation intercommunautaire dans les zones post-conflit de l’espace francophone africain

 

 

XII. Les droits humains, la démocratie et l’état de droit

Problèmes identifiés

L’application du mandat démocratique de l’OIF est perçue comme profondément incohérente. Certains États membres dont le bilan démocratique est gravement déficient bénéficient d’un traitement de faveur, tandis que d’autres font l’objet de sanctions, créant une perception de justice à deux vitesses. Plusieurs pays membres répriment activement leurs sociétés civiles, ferment des médias indépendants et empêchent des journalistes francophones d’exercer leur métier, sans réaction proportionnée de l’OIF. La liberté de la presse se détériore dans plusieurs pays membres sans que l’organisation n’ait de mécanisme opérationnel de réponse rapide.

Priorités et solutions proposées

        Mettre en place un mécanisme d’évaluation démocratique indépendant et régulier, appliqué de manière rigoureusement uniforme à tous les membres de l’OIF

        Créer un Fonds francophone de protection des journalistes et des défenseurs des droits humains, fournissant une assistance juridique et sécuritaire

        Renforcer le soutien aux sociétés civiles francophones dans les pays où l’espace civique se rétrécit

        Publier des critères clairs, publics et non négociables pour l’application des sanctions et des mesures de suspension, afin de mettre fin à la perception de double standard

        Placer la protection des minorités et des communautés autochtones dans les pays membres au cœur de l’agenda des droits humains de l’OIF

 

 

XIII. La lutte contre la désinformation et la défense de l’intégrité de l’information

Problèmes identifiés

L’espace francophone africain est l’une des zones géographiques les plus affectées au monde par les campagnes de désinformation. Des puissances étrangères utilisent des réseaux de désinformation en langue française pour déstabiliser des gouvernements élus, attiser des tensions ethniques et justifier des prises de pouvoir militaires. Les médias indépendants francophones manquent de ressources pour produire une information fiable face aux contenus viraux des réseaux sociaux. La littératie médiatique et numérique — la capacité à distinguer une information vraie d’une fausse — est insuffisamment développée dans les systèmes éducatifs francophones. Le projet de lutte contre les désordres de l’information de l’OIF, lancé en 2021, reste marginalisé et sous-financé.

Priorités et solutions proposées

        Créer un Observatoire francophone de l’information et de la désinformation, chargé de surveiller, analyser et documenter les campagnes de manipulation dans l’espace francophone

        Lancer un programme massif de formation à la littératie médiatique et numérique en français, à destination des jeunes, des enseignants et des journalistes

        Négocier des accords avec les grandes plateformes numériques pour améliorer la modération des contenus en français et la lutte contre les discours haineux

        Soutenir financièrement les médias indépendants francophones, en particulier dans les pays où la liberté de la presse est la plus menacée

        Intégrer la pensée critique et la littératie numérique dans les curriculums éducatifs que l’OIF soutient dans les pays membres

 

 

XIV. La santé publique et la solidarité sanitaire francophone

Problèmes identifiés

Les pays francophones africains présentent certains des indicateurs de santé les plus préoccupants au monde : mortalité maternelle et infantile élevée, sous-effectifs chroniques dans les personnels soignants, accès limité aux médicaments essentiels. La pandémie de COVID-19 a révélé l’absence totale d’une solidarité sanitaire organisée au niveau de l’OIF : pendant que le Commonwealth activait des mécanismes de coopération pour accélérer l’accès aux vaccins et aux équipements médicaux, l’OIF était largement silencieuse. La formation médicale reste orientée vers l’Europe et l’Amérique du Nord, appauvrissant les systèmes de santé africains par une fuite des cerveaux structurelle.

Priorités et solutions proposées

        Créer un Réseau francophone de santé publique, regroupant universités de médecine, hôpitaux de référence et ministères de la santé, pour mutualiser compétences et ressources

        Établir un mécanisme de solidarité sanitaire francophone permettant une réponse coordonnée aux pandémies et aux urgences sanitaires dans l’espace francophone

        Lancer un programme de formation et de rétention des personnels médicaux dans les pays francophones africains les plus défavorisés

        Promouvoir la recherche médicale en français sur les maladies tropicales et les pathologies spécifiques aux populations africaines

        Soutenir prioritairement la santé maternelle et infantile, avec des programmes ciblés dans les pays affichant les taux de mortalité les plus élevés

 

 

XV. Le commerce intra-francophone et l’intégration économique

Problèmes identifiés

Les échanges commerciaux entre pays francophones restent très inférieurs à leur potentiel. La part des exportations intra-francophones dans le commerce total des pays membres est marginale par rapport à ce qu’elle pourrait être. Les obstacles non tarifaires — problèmes de certification, de normes, de transferts financiers et de circulation des personnes — freinent les échanges. Le Commonwealth s’est fixé un objectif public de deux mille milliards de dollars d’échanges intra-membres d’ici 2030. La Francophonie n’a aucun objectif comparable. L’OIF organise des Missions économiques et commerciales de la Francophonie (MECF) dont la sixième édition est prévue en juin 2025, mais leur impact économique reste limité et peu mesuré.

Priorités et solutions proposées

        Fixer un objectif chiffré public d’augmentation des échanges commerciaux intra-francophones, avec un horizon temporel clair et des mécanismes de suivi rigoureux

        Négocier entre pays membres la réduction des obstacles non tarifaires aux échanges, notamment en matière de certification, de normes et de transferts financiers

        Créer un Programme francophone d’investissement dans les infrastructures stratégiques : énergie, transport, connectivité numérique et agriculture

        Soutenir les petites et moyennes entreprises francophones africaines dans leur accès aux marchés internationaux par des plateformes de mise en relation et des facilités de crédit

        Négocier des accords de reconnaissance mutuelle des diplômes et des certifications professionnelles entre pays membres pour faciliter la mobilité du travail qualifié

 

 

XVI. Le dialogue post-colonial et la souveraineté culturelle africaine

Problèmes identifiés

La langue française est associée, dans l’imaginaire collectif de millions d’Africains, à la colonisation, à l’humiliation et à l’imposition culturelle. Cette association historique alimente les sentiments anti-francophones en Afrique de l’Ouest et du Sahel, et est exploitée par des acteurs politiques pour justifier des ruptures avec l’espace francophone. L’OIF n’a jamais engagé de dialogue sérieux sur son héritage colonial et sur la manière dont l’appropriation de la langue française par les peuples africains peut devenir un acte d’émancipation plutôt qu’un signe de dépendance. Les cultures, les littératures et les arts francophones africains restent sous-financés et sous-représentés au sein des programmes de l’OIF.

Priorités et solutions proposées

        Initier au sein de l’OIF un dialogue structuré sur l’héritage colonial et ses effets sur la relation des peuples africains à la langue française, sans tabous ni complaisance

        Promouvoir une doctrine de « pluralité francophone » qui reconnaisse la diversité des rapports nationaux et communautaires au français, sans imposer le modèle normatif hexagonal

        Multiplier les ressources consacrées aux littératures, aux arts et aux cultures francophones africaines comme vecteurs d’une identité francophone autonome

        Réformer le poids électoral et financier de la France au sein des instances de l’OIF pour rééquilibrer la gouvernance en faveur des pays africains membres majoritaires

        Soutenir les demandes de restitution des patrimoines culturels africains détenus dans des institutions européennes, en en faisant une cause francophone institutionnelle

 

 

XVII. L’allègement de la dette et le soutien aux États francophones les plus vulnérables

Problèmes identifiés

Plusieurs pays francophones africains consacrent une part considérable de leurs revenus publics au service de leur dette extérieure, au détriment des dépenses en éducation, en santé et en infrastructures. Dans certains cas, les charges d’intérêts dépassent les budgets consacrés à l’enseignement. Cette situation maintient des pays dans un cycle de dépendance financière structurelle qui compromet leur développement à long terme. Le Commonwealth a intégré la question de la dette dans son agenda stratégique en reconnaissant le lien direct entre fardeau de la dette et incapacité à financer la transition climatique et le développement humain. L’OIF n’a pas de position collective sur cette question pourtant centrale.

Priorités et solutions proposées

        Porter collectivement, au sein du G20 et des institutions de Bretton Woods, un plaidoyer pour l’allègement de la dette des pays francophones les plus vulnérables

        Créer un mécanisme francophone d’assistance à l’accès aux financements concessionnels internationaux pour les États membres à revenus limités

        Initier un dialogue structuré sur la réforme de l’architecture financière internationale pour mieux refléter les intérêts des pays en développement francophones

        Soutenir les capacités de négociation des États membres les plus vulnérables dans leurs relations avec leurs créanciers et les institutions financières internationales

 

 

XVIII. La loterie internationale francophone pour le financement communautaire

Problèmes identifiés

Les projets communautaires dans l’espace francophone — programmes éducatifs locaux, initiatives culturelles, entrepreneuriat de proximité, développement rural — peinent chroniquement à trouver des financements. Les procédures d’accès aux fonds de l’OIF sont complexes et inaccessibles aux organisations locales de taille modeste. Les mécanismes de financement participatif qui ont transformé le paysage associatif dans les pays anglophones — notamment la National Lottery au Royaume-Uni, qui redistribue chaque année des centaines de millions de livres sterling à des projets locaux — n’ont pas d’équivalent dans l’espace francophone. Il n’existe aucun mécanisme permettant aux citoyens ordinaires de contribuer directement au financement de la Francophonie et de ses projets.

Priorités et solutions proposées

        Créer une plateforme numérique internationale commune permettant aux citoyens des pays membres d’acquérir des billets de loterie en ligne, dans le respect des réglementations nationales

        Répartir les fonds collectés de manière transparente : gains versés aux participants, fonds communautaire francophone et coûts de gestion, selon un cadre défini par une gouvernance indépendante

        Financer prioritairement des projets d’éducation, d’entrepreneuriat jeunesse, de culture, de développement local et de formation numérique soumis par des organisations locales et communautaires

        Lancer une phase pilote à petite échelle dans un groupe de pays volontaires pour valider le modèle avant son déploiement généralisé

        Garantir la transparence financière totale et le contrôle indépendant de la gestion des fonds pour établir et maintenir la confiance du public

 

 

Conclusion : dix-huit problèmes, dix-huit réponses, une Francophonie transformée

Madame Juliana Amato Lumumba, les dix-huit priorités que nous vous avons soumises dans cette lettre définitive sont autant de réponses directes aux problèmes réels que vivent les populations de l’espace francophone. Elles ne sont pas des vœux pieux ni des déclarations d’intention : elles sont des solutions opérationnelles, fondées sur des éléments concrets et sur les meilleures pratiques des organisations internationales comparables.

Elles couvrent l’ensemble du spectre des missions d’une organisation multilationale du XXI siècle : la langue, la gouvernance, le citoyen, le financement, l’indépendance, le numérique, la coopération africaine, la recherche, le genre, le climat, la paix, les droits humains, l’information, la santé, le commerce, la culture post-coloniale, la dette et la participation citoyenne. Aucun de ces domaines n’est facultatif. Chacun conditionne la crédibilité, la légitimité et l’efficacité de l’OIF.

Vous êtes, Madame la candidate, singulièrement bien placée pour incarner cette transformation. Votre origine congolaise, votre expérience africaine et votre stature internationale vous confèrent une légitimité que votre programme devra être à la hauteur de revendiquer. Nous vous souhaitons plein succès dans votre candidature, avec la conviction que la Francophonie a besoin, maintenant plus que jamais, d’un leadership africain courageux, visionnaire et résolument au service des peuples.

 

Veuillez agréer, Madame la candidate, l’expression de notre haute considération et de notre soutien actif.

 

Président

The African Rights Campaign

Londres, Royaume-Uni

africanrightscampaign@gmail.com

For the Peoples of the African Great Lakes Region

 

Références

 

Abdoulaye, M. (2023) « La Francophonie face aux défis du XXI siècle », Revue internationale de politique comparée, 30(2), pp. 45–62.

Calvet, L.-J. (2022) Pour une écologie des langues du monde. Paris : Plon.

Commonwealth Secretariat (2025) Strategic Plan 2025–2030: Building a More Resilient Commonwealth. Londres : Commonwealth Secretariat. Disponible sur : https://thecommonwealth.org/strategic-plan-2025 (consulté le 1 avril 2025).

Diene, D. (2023) « La gouvernance de l’OIF et ses réformes nécessaires », Politique africaine, 169, pp. 101–118.

Diploweb (2025) Carte commentée : L’Organisation internationale de la Francophonie en 2025. Paris : Diploweb.com. Disponible sur : https://www.diploweb.com (consulté le 2 avril 2025).

Fonkwe, A. (2024) Le français à l’ère numérique : défis et stratégies. Paris : L’Harmattan.

Gouvernement de la France (2025) Stratégie internationale féministe 2025-2030. Paris : Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Disponible sur : https://www.diplomatie.gouv.fr (consulté le 2 avril 2025).

Kramer, C. (2023) « Artificial intelligence and language diversity: implications for French », Language Policy, 22(4), pp. 389–407.

Nations Unies (2020) Compte rendu de la réunion du Conseil de sécurité sur la coopération entre l’ONU et la Francophonie, S/PV.8742. New York : Nations Unies.

Organisation internationale de la Francophonie (2023) Cadre stratégique de la Francophonie 2023-2030. Paris : OIF.

Organisation internationale de la Francophonie (2024) Programmation 2024-2027. Paris : OIF. Disponible sur : https://www.francophonie.org (consulté le 30 mars 2025).

Phan, L. H. (2022) « Language and development in the Global South », International Journal of Educational Development, 94, pp. 1–12.

Sommet de la Francophonie (2024) Dossier de presse du 19e Sommet — Villers-Cotterêts, octobre 2024. Paris : OIF.

UK National Lottery (2024) Good causes and funding. Londres : Camelot Group. Disponible sur : https://www.national-lottery.co.uk (consulté le 1 avril 2025).

UNESCO (2022) L’éducation dans les pays francophones : état des lieux et recommandations. Paris : UNESCO.

Wolff, E. (2021) « Language policy in Africa and the role of international organisations », African Studies, 80(3), pp. 244–261.

Comments

Popular posts from this blog

OIF : Louise Mushikiwabo, une candidature embarrassante pour un troisième mandat de trop

C'était en novembre 2025, à Kigali. En marge de la 46e Conférence ministérielle de la Francophonie, Louise Mushikiwabo prenait la parole avec l'assurance de celle qui n'a rien à craindre : de nombreux pays, affirmait-elle, lui avaient demandé de se représenter. Spontanément. Naturellement. Unanimement presque. Sauf que les faits racontent une tout autre histoire. L'annonce qui ne devait pas avoir lieu si tôt Novembre 2025. Le Centre de Conventions de Kigali accueille plus de 400 délégués des 90 États membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Le thème officiel porte sur les femmes et l'égalité des genres, trente ans après Pékin. Mais en marge des séances plénières, c'est une autre affaire qui agite les couloirs : Louise Mushikiwabo vient d'annoncer qu'elle souhaite briguer un troisième mandat. L'annonce est prématurée. Délibérément. Les candidatures ne ferment qu'en avril 2026. Aucun autre pays n'a encore ...

La mort de Karine Buisset : connaîtrons-nous la vérité ?

Ressortissants français tués dans la région des Grands Lacs et le silence qui s’ensuit 1. Introduction : Une mort dans une ville sous occupation Le 11 mars 2026, Karine Buisset, ressortissante française et travailleuse humanitaire expérimentée de l’UNICEF, a été tuée à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Une frappe de drone a touché un immeuble résidentiel dans le quartier de Himbi — une zone sous le contrôle des forces rebelles du M23 soutenues par la Rwanda Defence Force (RDF). Elle faisait partie des trois personnes tuées dans l’attaque. L’identité et l’affiliation des deux autres victimes n’ont pas été publiquement établies. Les circonstances de sa mort n’étaient pas ambiguës. Goma était sous occupation du M23 depuis le 27 janvier 2025. Le quartier de Himbi, où la frappe a eu lieu, n’était pas une zone militaire de première ligne mais une zone résidentielle. Le bâtiment touché était une structure civile. Le fait de viser une travailleuse connue de...

Karine Buisset's Death: Will We Know the Truth?

Karine Buisset's Death: Will We Know the Truth? French Nationals Killed in the Great Lakes Region and the Silence That Follows Published by the African Rights Campaign (ARC) | April 2026     1. Introduction: A Death in a City Under Occupation On 11 March 2026, Karine Buisset, a French national and experienced UNICEF humanitarian worker, was killed in Goma, in the eastern Democratic Republic of the Congo (DRC). A drone strike struck a residential building in the Himbi district — an area under the control of M23 rebel forces backed by the Rwanda Defence Force (RDF). She was one of three people killed in the attack. The identities and affiliations of the other two victims have not been publicly established.   The circumstances of her death were not ambiguous. Goma had been under M23 occupation since 27 January 2025. The Himbi neighbourhood, where the strike occurred, was not a frontline military zone but a residential area. The building struck was...

BBC News

Africanews

UNDP - Africa Job Vacancies

How We Made It In Africa – Insight into business in Africa

Migration Policy Institute