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L’Encouragement de la France à Kagame pour Poursuivre l’Occupation Rwandaise de l’Est de la RDC

 

L’Encouragement de la France à Kagame

pour Poursuivre l’Occupation Rwandaise de l’Est de la RDC

Comment l’intervention de Macron à Nairobi protège l’agresseur et sape la responsabilité internationale

Publié par la Campagne Africaine pour les Droits (ARC) | Mai 2026

 

Introduction

Le 12 mai 2026, à l’issue du Sommet Africa Forward de Nairobi, au Kenya, le président français Emmanuel Macron a accordé une interview de quarante minutes à France 24, RFI et TV5 Monde. L’interview a abordé une série de questions de politique africaine. Sur le sujet de la République Démocratique du Congo et du Rwanda, Macron a adopté une position qui n’était pas simplement diplomatiquement prudente — elle était analytiquement trompeuse, stratégiquement intéressée, et directement préjudiciable à l’architecture de responsabilité internationale que les États-Unis avaient commencé à construire.

Macron s’est opposé à l’adoption de sanctions collectives contre Kigali sur le modèle américain. Il a soutenu que l’isolement du Rwanda serait contre-productif, et que le dialogue — respectueux, multilatéral, conduit sous l’égide de l’Union africaine — était la seule voie crédible vers la paix. Ce qu’il n’a pas abordé, et ce que cet article examine en détail, c’est le coût de cette position : le coût pour la souveraineté congolaise, le coût pour l’intégrité des Accords de Washington signés en décembre 2025, et le coût pour les millions de civils congolais dont le déplacement et la souffrance ont été directement causés par les Forces de défense rwandaises (FDR).

L’intervention de Macron à Nairobi n’était pas une diplomatie neutre. C’était un signal politique adressé à Kagame indiquant que la France le protègerait du poids total de la responsabilité occidentale, quelles que soient les preuves documentées contre les FDR. Cet article analyse ce que Macron a dit, ce qu’il a omis, pourquoi son cadrage est analytiquement indéfendable, et quelles sont les véritables conséquences économiques et diplomatiques des sanctions américaines — des conséquences que Macron a délibérément refusé d’évoquer.

 

1. Le Sommet Africa Forward et la Position de Macron sur le Rwanda

Le Sommet Africa Forward, tenu les 11 et 12 mai 2026 au Centre international de conférences Kenyatta de Nairobi, était co-organisé par la France et le Kenya. Il a réuni plus de trente chefs d’État et de gouvernement africains, ainsi que des dirigeants d’entreprises, des représentants de la société civile et de hauts responsables internationaux. Le président rwandais Paul Kagame figurait parmi les participants.

A l’issue du sommet, Macron a été interrogé directement sur les raisons pour lesquelles la France et l’Union européenne avaient refusé de suivre les États-Unis en imposant des sanctions au Rwanda pour son soutien militaire au mouvement rebelle M23 dans l’est de la RDC. Sa réponse a été sans ambiguïté. Il a déclaré que si chaque pays se précipitait à « mettre le Rwanda au ban » simplement parce que les Américains l’avaient fait, il y avait peu de chances de convaincre Kigali d’adopter une politique coopérative. Il a dit croire davantage dans la « vertu du dialogue respectueux » avec le président Tshisekedi et le président Kagame.

Macron n’a pas contesté les faits. Il n’a pas soutenu que le Rwanda était innocent de soutenir le M23. Il n’a pas remis en question les conclusions du Groupe d’experts des Nations Unies, ni la désignation du Département du Trésor américain du 2 mars 2026, qui a établi que les FDR « soutenaient activement, entraînaient et combattaient aux côtés du Mouvement du 23 Mars ». Il a simplement fait valoir que les sanctions étaient le mauvais instrument — et ce faisant, il a offert à Kagame précisément la couverture diplomatique que Kigali cherchait.

 

2. Ce que Disent Réellement les Sanctions : Le Dossier Factuel que Macron a Ignoré

La position de Macron à Nairobi reposait sur une prémisse selon laquelle la voie du dialogue restait ouverte et productive. Mais l’architecture de sanctions qu’il a écartée n’a pas été construite sur des spéculations. Elle a été bâtie sur un dossier probatoire documenté s’étendant sur des années d’enquêtes de l’ONU, de rapports sur les droits de l’homme et de preuves directes recueillies sur le terrain en RDC orientale.

Le 2 mars 2026, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Département du Trésor américain a imposé des sanctions aux FDR en tant qu’institution et à quatre de leurs commandants supérieurs : le général Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée ; le général Ruki Karusisi, commandant de la 5e division d’infanterie ; le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major de la défense ; et le colonel Gashugi. Ces désignations ont fait suite à la désignation individuelle du général James Kabarebe le 20 février 2025.

Le communiqué du Trésor américain lui-même a déclaré que les offensives du M23 — dont la capture des capitales provinciales de Goma et Bukavu, et la prise ultérieure d’Uvira le 10 décembre 2025 — « n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR et de hauts responsables ». Human Rights Watch a confirmé le 3 mars 2026 la portée considérable des sanctions et a appelé d’autres gouvernements — citant explicitement l’UE et le Royaume-Uni — à suivre l’exemple de Washington.

 

3. L’Alibi des FDLR : Une Justification Structurelle que Macron a Adoptée sans Examen Critique

Dans son interview, Macron a inclus une référence aux FDLR — les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda — comme l’un des groupes devant être traités dans le cadre d’une coopération régionale. En insérant les FDLR dans son cadre en quatre piliers sans qualification, Macron a effectivement validé la justification de longue date du Rwanda pour sa présence militaire en RDC orientale.

Le Rwanda a déployé les FDLR comme alibi permanent pour ses opérations au Congo depuis au moins 2004. L’argumentation est structurellement auto-renforçante : la présence continue d’éléments des FDLR en RDC orientale, que le Rwanda présente comme une menace existentielle liée aux auteurs du génocide de 1994, est invoquée comme base des actions militaires transfrontalières des FDR. L’alibi est conçu pour être infalsifiable.

Ce que ce cadrage dissimule, c’est la question de proportionnalité. Les FDR ne mènent pas des opérations de contre-insurrection limitées contre les combattants des FDLR. Elles parrainent, arment, entraînent, commandent et combattent aux côtés du M23 — une force qui a pris deux capitales provinciales, expulsé des centaines de milliers de civils, commis des exécutions extrajudiciaires, perpétré des violences sexuelles et pillé des ressources minières valant des centaines de millions de dollars annuellement. En incluant les FDLR dans son cadre sans analyse de proportionnalité, Macron a légitimé l’alibi du Rwanda.

 

4. La Réalité Économique que Macron a Refusé de Voir

L’une des omissions analytiquement les plus graves dans l’interview de Macron à Nairobi a été son refus d’aborder les conséquences économiques réelles et potentielles des sanctions américaines pour le Rwanda. Son argument selon lequel les sanctions ne changeraient pas le comportement de Kagame reposait sur une hypothèse implicite selon laquelle le Rwanda pourrait absorber le coût de l’isolement. Les faits suggèrent le contraire.

Les désignations du Trésor américain de mars 2026 ont un poids structurel considérable. Les sanctions interdisent toute transaction en dollars américains — la principale monnaie de réserve mondiale — impliquant les FDR, leurs commandants désignés et toute entité détenue directement ou indirectement par les FDR à cinquante pour cent ou plus.

4.1 L’empreinte commerciale des FDR

L’analyse de l’Institut Egmont de mars 2026 a identifié l’étendue des activités économiques liées aux FDR. Crystal Ventures Ltd, le bras d’investissement du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir, est active dans les opérations minières en République Centrafricaine, au Mozambique et au Zimbabwe. Ngali Holdings détient des participations dans des opérations minières, dont une coentreprise avec la firme israélienne Elbit Systems. Une équipe de basketball professionnelle appartenant au Ministère rwandais de la défense s’est retirée de la Basketball Africa League de la NBA en mars 2026.

4.2 L’exposition de l’UE et la dimension mozambicaine

La Facilité européenne pour la paix de l’UE avait affecté des fonds pour financer la mission des FDR au Cabo Delgado — protégeant une installation de gaz naturel liquifié exploitée par TotalÉnergies. L’EUobserver a rapporté en mars 2026 que si l’UE versait les fonds restants aux FDR, elle pourrait se placer en conflit direct avec le Trésor américain. Les intérêts commerciaux de la France dans le déploiement militaire rwandais au Mozambique n’ont pas figuré dans les remarques de Macron à Nairobi.

 

5. Macron ne Peut pas Arrêter les Sanctions — Et de Nouvelles Désignations Sont Probables

Macron n’a aucune autorité sur les désignations du Trésor américain. Il ne peut pas annuler l’inscription des FDR par l’OFAC. Il ne peut pas exonérer les commandants rwandais de l’interdiction du dollar. Et il ne peut pas empêcher de nouvelles désignations si la conduite du M23 et des FDR continue de violer les Accords de Washington.

L’analyse de Critical Threats de mars 2026 a noté que le précédent historique est instructif. Les réductions de l’aide militaire étrangère américaine en 2012 et 2013, combinées aux sanctions de l’UE, ont directement contribué à mettre fin au soutien du Rwanda au M23 lors de la première rébellion et ont permis au groupe de s’effondrer. Un conseiller principal du président Tshisekedi a observé que les États-Unis avaient déjà sécurisé un accès privilégié aux ressources minérales stratégiques de la RDC et que Macron tentait de se repositionner en protégeant Kigali.

 

6. Le Coût Diplomatique de la Position de la France

L’interview de Macron à Nairobi a brisé ce qui semblait être un consensus occidental émergent sur le Rwanda. Le Journal de Kinshasa a observé que Macron avait « brisé la solidarité occidentale apparente ». Cette fracture donne à Kagame des raisons de soutenir que la communauté internationale est divisée et que la pression des sanctions ne représente pas une position occidentale unifiée. La France, qui se présente comme championne du partenariat égalitaire avec l’Afrique, a choisi à Nairobi de privilégier sa relation avec le gouvernement dont l’armée occupe le territoire congolais.

 

7. Quatre Piliers qui ne Peuvent Tenir sans Responsabilité

Le cadre de Macron en quatre piliers — retrait des forces étrangères, dialogue politique direct, reconquête de l’est par l’État congolais, coopération régionale anti-terroriste — est insuffisant à au moins trois égards critiques. Premièrement, le retrait des forces étrangères ne peut pas être obtenu par le seul dialogue si la force en question n’a aucune incitation à partir. Deuxièmement, le dialogue politique ne peut pas être crédible alors que les forces de Kagame occupent le territoire congolais. Troisièmement, le pilier anti-terroriste — impliquant en pratique les FDLR — sert davantage le récit rwandais que la sécurité congolaise.

 

8. Ce que la Responsabilité sans Impunité Exige

La conduite des FDR en RDC orientale constitue un schéma documenté d’agression militaire contre un État souverain, perpétré en violation du droit international, de la Charte des Nations Unies et des Accords de Washington. L’UE doit aligner ses désignations de sanctions sur celles des États-Unis et suspendre tout financement au titre de la Facilité européenne pour la paix aux FDR. Le Royaume-Uni doit imposer des sanctions ciblées. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit envisager le retrait du Rwanda des déploiements de maintien de la paix en vertu de la Politique de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme.

 

9. Le Sophisme de l’Offre de Médiation de Macron : Un Bilan d’Échecs

L’affirmation de Macron à Nairobi est contredite par l’histoire documentée de chaque processus de médiation qui a précédé les Accords de Washington. La principale architecture de médiation des trois dernières années a été le Processus de Luanda, conduit par le président angolais João Lourenço sous les auspices de l’Union africaine. Ce processus a produit une série de déclarations et d’accords de cessez-le-feu violés en quelques semaines, avant de s’effondrer en décembre 2024 quand Kagame a annulé sa participation à une réunion à Luanda censée sceller un accord de paix. L’Angola a formellement mis fin à son rôle de médiateur en mars 2025.

The Africa Report a noté avant le sommet que les deux présidents étaient présents à Nairobi mais qu’aucune rencontre entre eux n’était prévue — et que la France avait tenté à plusieurs reprises, sans succès, de les réunir.

 

10. Les Accords de Washington et le Déplacement de la France du Centre Diplomatique

Les Accords de Washington du 4 décembre 2025 n’étaient pas une réalisation française. C’était une intervention diplomatique conduite par les États-Unis. Le processus de Washington a été initié après que Tshisekedi a écrit directement à Trump en février 2025. L’administration Trump a nommé Massad Boulos comme envoyé spécial. Les Accords ont été signés le 4 décembre 2025, lors d’une cérémonie présidée par le président Trump. Le rôle de la France s’est limité à la co-organisation d’une Conférence sur les Grands Lacs à Paris le 30 octobre 2025 — en marge du Forum de Paris pour la Paix. Les Accords de Washington ont été violés en quelques jours, provoquant les sanctions américaines que Macron était à Nairobi en train d’argumenter contre.

 

11. Le Sophisme du Dialogue : Pourquoi la Responsabilité est une Condition Préalable, Pas une Alternative

En 2012 et 2013, quand les États-Unis ont réduit leur aide militaire étrangère et que l’Union européenne a imposé des mesures ciblées, le Rwanda a mis fin à son soutien à la première rébellion du M23 et a permis au groupe de s’effondrer. Le mécanisme était direct : la réduction des avantages financiers et diplomatiques, combinée à une augmentation des coûts, a changé le calcul. Les sanctions et le dialogue ne sont pas en compétition. Les désignations de sanctions ne ferment pas les canaux diplomatiques. Elles changent les conditions dans lesquelles ces canaux opèrent.

 

12. Positionnement, Pas Peacemaking : La Vraie Motivation Derrière la Position de la France

L’intervention de Macron à Nairobi est une manœuvre de repositionnement diplomatique d’un président à un an de la fin de son second et dernier mandat, dont la politique africaine a été définie par le retrait militaire du Sahel, et dont l’influence sur le continent a diminué face à la concurrence russe, chinoise et désormais américaine. Le Rwanda est le garant des opérations de TotalÉnergies au Mozambique. Sanctionner les FDR revient, en pratique, à menacer l’architecture sécuritaire dont dépend cet investissement. Macron ne peut pas dire cela publiquement. Il propose donc le dialogue. Kagame n’a pas besoin de l’offre de médiation de Macron. Il a besoin d’une structure de coûts qui rende la non-coopération plus coûteuse que la coopération.

 

13. La Fausse Équivalence : Forces Invitées, Occupants Non Invités, et le Principe que Macron a Abandonné

L’un des éléments analytiquement les plus malhonnnêtes du cadre de Macron à Nairobi était son insistance sur le fait que le retrait de « toutes les forces étrangères » du sol congolais était un pilier central du processus de paix — une formulation qui traitait toute présence militaire externe en RDC orientale comme légalement et moralement équivalente. Elle ne l’est pas. La distinction entre forces invitées et occupants non invités est le principe fondateur de la souveraineté de l’État en droit international.

Les faits sont sans ambiguïté. L’Ouganda a déployé des forces en RDC orientale depuis novembre 2021 dans le cadre d’un accord bilatoral formel avec Kinshasa — l’Opération Shujaa — autorisé par le président Tshisekedi pour combattre les Forces démocratiques alliées (ADF). Le 12 octobre 2024, Tshisekedi a publiquement confirmé la poursuite de cette coopération. Les forces burundaises ont été similairement déployées dans le cadre d’un accord bilatoral avec Kinshasa. Au moment de la signature des Accords de Washington, il y avait jusqu’à vingt-cinq mille soldats burundais en RDC orientale, combattant du côté du gouvernement congolais. Les ministres des Affaires étrangères congolais et burundais ont conjointement appelé les États-Unis à sanctionner le Rwanda après la violation des Accords en décembre 2025.

Les Forces de défense rwandaises appartiennent à une catégorie juridique et morale entièrement différente. Elles sont présentes en RDC orientale sans aucune invitation de Kinshasa, en violation de la souveraineté congolaise, de la Charte des Nations Unies, de résolutions successives du Conseil de sécurité et — depuis décembre 2025 — des Accords de Washington que Kagame lui-même a signés. La formule de Macron — « le retrait de toutes les forces étrangères, pas seulement rwandaises » — présente le Rwanda comme un acteur parmi d’autres, diluant la responsabilité particulière que Kigali assume.

13.1 Le Rwanda a Réactivé le M23 à Cause des Forces Invitées

Le Groupe de crise international identifie le déclencheur principal de la réactivation du M23 par le Rwanda fin 2021 : c’était la décision de Kinshasa d’inviter l’Ouganda et le Burundi à déployer des forces dans les provinces orientales du Kivu. Le Rwanda a réactivé le M23 précisément pour contrer ce qu’il voyait comme l’expansion de ses concurrents régionaux. La DRC a exercé son droit souverain d’inviter des partenaires de sécurité. Le Rwanda a répondu en déclenchant une guerre par procuration. Macron a ensuite proposé que la solution est pour toutes les forces étrangères de se retirer — y compris les partenaires souverains que Kinshasa a invités.

13.2 Le Consentement comme Distinction Juridique Irréductible

En vertu de la Charte des Nations Unies et du droit international coutumier, un État peut inviter des forces étrangères sur son territoire à sa discrétion. Cette invitation confère la légitimité. L’absence d’invitation constitue une violation de la souveraineté. Le Rwanda n’a aucune base juridique pour la présence des FDR en RDC orientale. Le cadre de Macron à Nairobi fait s’effondrer cette distinction. C’est l’adoption du cadrage préféré de Kigali — que le Rwanda n’est qu’un acteur parmi plusieurs — plutôt du cadrage correct : que le Rwanda est le principal agresseur externe dans une occupation militaire internationalement documentée.

 

Conclusion

Emmanuel Macron est arrivé à Nairobi en tant qu’hôte d’un sommet fondé sur le partenariat égalitaire et la coopération transformatrice avec l’Afrique. Il est reparti ayant délivré un message que le président du Rwanda pouvait immédiatement utiliser comme arme : que la France ne rejoindrait pas les États-Unis pour imposer des conséquences économiques à l’occupation de la RDC orientale par les FDR.

L’argument selon lequel les sanctions sont contre-productives n’est pas nouveau. C’est l’argument avancé par tous les gouvernements qui ont choisi de protéger un partenaire préféré au détriment des principes qu’ils prétendent défendre. C’est l’argument qui a permis à la première rébellion du M23 de se poursuivre de 2012 à 2013, jusqu’à ce que les sanctions changent le calcul.

Macron n’a pas induit Kagame en erreur sur le comportement du Rwanda. Il a induit en erreur la communauté internationale sur les conséquences de ce comportement et sur l’adéquation du dialogue comme réponse à une occupation. Il a assimilé la force d’occupation non invitée du Rwanda aux partenaires de sécurité souverains que Kinshasa avait légalement invités, effaisant la distinction la plus fondamentale en droit international. Il l’a fait alors que les intérêts commerciaux français au Mozambique restaient intacts.

Les sanctions s’approfondiront. Macron ne peut pas les arrêter. Le bilan de médiation raté de la France est documenté. La fausse équivalence entre forces invitées et non invitées est exposée. Ce que Macron a fait à Nairobi, c’est rendre plus difficile le maintien du consensus occidental — et c’est là, en fin de compte, un service rendu non à la paix, mais à l’impunité.

 

Questions Fréquemment Posées

Qu’a dit Macron sur le Rwanda au Sommet Africa Forward de Nairobi ?

Le 12 mai 2026, Macron s’est opposé aux sanctions collectives contre le Rwanda sur le modèle américain. Il a soutenu que l’isolement de Kigali serait contre-productif et a appelé à un « dialogue respectueux » entre le président Tshisekedi et le président Kagame.

Pourquoi les États-Unis ont-ils sanctionné les Forces de défense rwandaises ?

Le 2 mars 2026, l’OFAC du Trésor américain a désigné les FDR en tant qu’institution et sanctionné quatre commandants supérieurs — les généraux Nyakarundi, Karusisi, Muganga et Gashugi — pour avoir activement soutenu et combattu aux côtés du M23. Les sanctions ont suivi la prise d’Uvira le 10 décembre 2025, quelques jours après la signature des Accords de Washington.

Macron peut-il arrêter les sanctions américaines contre le Rwanda ?

Non. Les désignations de l’OFAC du Trésor américain sont des instruments unilataux du droit et de la politique étrangère des États-Unis. La France n’a aucune autorité juridique pour annuler ou modifier ces désignations, ni pour empêcher de nouvelles désignations si la conduite des FDR continue de violer les Accords de Washington.

Pourquoi les forces de l’Ouganda et du Burundi en RDC sont-elles différentes de celles du Rwanda ?

L’Ouganda et le Burundi ont déployé des forces en RDC orientale dans le cadre d’accords bilatéraux formels avec Kinshasa et sur invitation explicite du président Tshisekedi. Les FDR rwandaises, en revanche, sont présentes sans invitation, en violation de la souveraineté de la RDC, combattant contre les forces congolaises et commandant les opérations rebelles du M23. La formule de Macron appelant au retrait de « toutes les forces étrangères » obscurcit délibérément cette distinction juridique et morale fondamentale.

Pourquoi la France s’oppose-t-elle aux sanctions contre le Rwanda ?

L’opposition de la France aux sanctions contre le Rwanda reflète plusieurs intérêts convergents. Le Rwanda est un partenaire stratégique pour les opérations commerciales françaises en Afrique subsaharienne, notamment à travers la mission des FDR au Mozambique protégeant l’installation GNL de TotalÉnergies au Cabo Delgado. La France tente également de se repositionner dans la diplomatie des Grands Lacs à un moment où les États-Unis en ont pris le centre.

L’offre de médiation de Macron est-elle crédible ?

Non. La France a tenté à plusieurs reprises de réunir Kagame et Tshisekedi, sans succès. Lors du Sommet Africa Forward de Nairobi, qu’elle co-organisait et auquel les deux présidents assistaient, aucune rencontre bilatale entre eux n’a été organisée. Les seuls accords signés l’ont été à Washington, sous conduite américaine.

De nouvelles sanctions contre le Rwanda sont-elles probables ?

Oui. Les États-Unis ont déclaré être prêts à utiliser tous les outils disponibles pour assurer le respect des Accords de Washington. Human Rights Watch a explicitement appelé l’UE et le Royaume-Uni à imposer des sanctions ciblées supplémentaires. Le précédent historique de 2012 à 2013 suggère que la pression actuelle est susceptible de s’intensifier.

 

Références

African Rights Campaign (2026). Washington Accords Trap : Mistakes and Failures. Londres : Publications ARC.

AEI / Critical Threats (2025). « Uganda in the DRC’s M23 Conflict : Friend to All, Enemy to None. » American Enterprise Institute, avril 2025. Disponible sur : https://www.criticalthreats.org [Consulté le 13 mai 2026].

Africanews (2024). « RDC : Félix Tshisekedi annonce la poursuite de la coopération militaire avec l’Ouganda. » Africanews, 14 octobre 2024. Disponible sur : https://www.africanews.com [Consulté le 13 mai 2026].

Al Jazeera (2024). « Rwanda, DR Congo Peace Talks Hit Snag. » Al Jazeera, 15 décembre 2024. Disponible sur : https://www.aljazeera.com [Consulté le 13 mai 2026].

Critical Threats Project (2026). Deadlock in the DRC : Africa File Special Edition. Washington, DC : American Enterprise Institute. Disponible sur : https://www.criticalthreats.org [Consulté le 13 mai 2026].

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France 24 (2026). « Sahel, RD Congo et bilan africain : ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron. » France 24, 12 mai 2026. Disponible sur : https://www.france24.com [Consulté le 13 mai 2026].

Groupe de crise international (2025). L’offensive du M23 : paix insaisissable dans les Grands Lacs. Bruxelles : ICG. Disponible sur : https://www.crisisgroup.org [Consulté le 13 mai 2026].

Human Rights Watch (2026). « US Sanctions Rwandan Army, Commanders. » Rapport HRW, 3 mars 2026. Disponible sur : https://www.hrw.org [Consulté le 13 mai 2026].

Institut Egmont (2026). US Sanctions Rwandan Defence Force : What Next? Bruxelles : Institut Egmont. Disponible sur : https://egmontinstitute.be [Consulté le 13 mai 2026].

Journal de Kinshasa (2026). « Macron refuse les sanctions contre le Rwanda. » 12 mai 2026. Disponible sur : https://www.journaldekinshasa.com [Consulté le 13 mai 2026].

Nations Unies, Groupe d’experts (2025). Rapport final sur la République Démocratique du Congo. New York : Conseil de sécurité des Nations Unies.

Radio Okapi (2026). « Emmanuel Macron critique l’approche américaine des sanctions contre Kigali. » Radio Okapi, 13 mai 2026. Disponible sur : https://www.radiookapi.net [Consulté le 13 mai 2026].

The Africa Report (2026). « Faye, Dangote, Tshisekedi : qui sont les VIP présents au sommet Afrique-France de Macron à Nairobi ? » The Africa Report, 8 mai 2026. Disponible sur : https://www.theafricareport.com [Consulté le 13 mai 2026].

Département du Trésor américain (2026). « Le Trésor sanctionne les responsables rwandais. » Communiqué de presse OFAC, 2 mars 2026. Disponible sur : https://home.treasury.gov [Consulté le 13 mai 2026].

Yahoo Actualités France (2026). « L’opposition d’Emmanuel Macron aux sanctions contre le Rwanda n’émeut pas la présidence congolaise. » Yahoo Actualités, 13 mai 2026. Disponible sur : https://fr.news.yahoo.com [Consulté le 13 mai 2026].

 

À Propos de Cette Publication

Auteur : Unité de Recherche et d’Analyse de la Campagne Africaine pour les Droits (ARC)

Président : Joseph Semuntu

Organisation : La Campagne Africaine pour les Droits (ARC) — Londres, Royaume-Uni

Site web : africarealities.blogspot.com

Contact : africanrightscampaign@gmail.com

Copyright : 2026, Campagne Africaine pour les Droits. Tous droits réservés. Cette publication peut être reproduite à des fins de plaidoyer non commercial et éducatives avec attribution complète à la Campagne Africaine pour les Droits.

 

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