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Le Président Macron contre les sanctions américaines imposées au Rwanda

Comment les intérêts français au Mozambique font obstacle à la paix en RDC

Analyse critique de l'entretien d'Emmanuel Macron avec TV5 Monde, Africa Forward Summit, Nairobi, 12 mai 2026

Publié par The African Rights Campaign (ARC)  |  Londres, mai 2026

 

 

1. Introduction

La présente analyse est fondée sur l'entretien accordé par le président français Emmanuel Macron à TV5 Monde, le 12 mai 2026, lors de l'Africa Forward Summit à Nairobi, au Kenya. Au cours de cet entretien, Macron s'est vu poser une question directe : étant donné que le soutien du Rwanda au groupe armé M23 est aujourd'hui documenté par les experts des Nations Unies, et étant donné que les États-Unis ont imposé des sanctions aux Forces de défense du Rwanda (FDR) ainsi qu'à plusieurs de leurs hauts responsables, pourquoi la France et l'Union européenne n'ont-elles pas fait de même ?

La réponse de Macron s'est révélée peu convaincante, malhonnête et analytiquement incohérente. Elle n'a pas reflété une position de neutralité de principe soigneusement calibrée, mais la logique opérationnelle d'un gouvernement qui a systématiquement fait passer sa relation avec Kigali avant la responsabilisation pour des violations documentées de la souveraineté congolaise. Sa réponse a confirmé, en ses propres termes, ce que le peuple congolais et les analystes indépendants soutiennent depuis des années : que la France a fonctionné non pas comme une partie neutre, mais comme un obstacle structurel à toute pression internationale sérieuse sur le Rwanda.

La présente analyse décortique l'entretien de Macron argument par argument. Chacun de ses quatre axes politiques déclarés est examiné à l'aune du dossier documenté. Sa critique des sanctions américaines est confrontée à la chronologie de l'engagement militaire rwandais en RDC. Son appel à un dialogue renouvelé est évalué au regard de l'histoire des processus de médiation échoués. Et son silence sur l'obstruction délibérée de Kagame à l'acheminement de l'aide humanitaire — notamment la fermeture de l'espace aérien aux vols d'aide lors d'une conférence internationale des donateurs qu'il avait lui-même organisée — est traité pour ce qu'il est : non pas un oubli, mais un acte d'accusation.

La position de la France n'est pas une mauvaise lecture d'une situation complexe. C'est un choix politique aux bénéficiaires identifiables. Ce choix prolonge la souffrance des civils congolais ordinaires dans l'est du pays et offre au président du Rwanda l'assurance politique que les institutions européennes ne s'en prendront pas à lui, quoi qu'il fasse sur le sol congolais.

 

2. Les quatre axes : un cadre qui normalise l'occupation

Macron a présenté la position de son gouvernement comme reposant sur quatre axes distincts : le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la RDC, exigeant le retrait de toutes les forces étrangères ; la reprise du dialogue politique entre la RDC et le M23, comme précédemment facilité par l'Angola ; le rétablissement du contrôle de la RDC sur les provinces orientales, y compris des mesures concernant les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ; et une action conjointe contre ce qu'il a qualifié de forces terroristes menaçant la région dans son ensemble. Dans l'entretien, Macron a déclaré : « Nous défendons une position qui consiste à continuer de discuter avec toutes les parties prenantes avec une ligne assez simple. »

Pris individuellement, chaque axe paraît raisonnable. Pris ensemble, comme cadre politique opposé aux sanctions, ils constituent un cadeau diplomatique considérable à Kigali.

Le premier axe — le respect de la souveraineté et le retrait de toutes les forces — est la position déclarée de tous les acteurs internationaux impliqués dans ce conflit depuis plus d'une décennie. Il n'a produit aucun retrait. Les forces rwandaises sont présentes sous diverses configurations dans l'est de la RDC depuis les années 1990. L'existence d'un principe déclaré, répété à chaque sommet et inséré dans chaque communiqué, ne s'est traduite par aucune réduction de la présence militaire rwandaise. Le reformuler comme une action politique, sans mécanisme d'application, équivaut diplomatiquement à ne rien faire.

Le deuxième axe, la reprise du dialogue politique avec le M23 sous médiation angolaise, est particulièrement révélateur. Le M23 n'est pas un mouvement politique congolais porteur de revendications nécessitant une négociation. C'est une force que les experts de l'ONU ont documentée comme recevant des directives de commandement, du matériel et des renforts en troupes de la part des FDR. Le dialogue avec le M23, en l'absence de responsabilisation directe pour le rôle du Rwanda, revient à négocier avec l'instrument tout en protégeant structurellement l'architecte. C'est un cadre qui traite le symptôme tout en préservant la cause.

Le troisième axe, la condition relative aux FDLR, est le plus analytiquement dommageable de tous et est traité séparément ci-dessous. Le quatrième axe, l'action conjointe contre le terrorisme, est le langage à travers lequel le Rwanda a historiquement justifié ses opérations transfrontalières. L'adoption de ce cadre par la France, aussi peu critique soit-elle, confère une légitimité à l'architecture sécuritaire que le Rwanda a construite pour justifier sa présence permanente en RDC.

 

3. L'alibi des FDLR : comment la France a absorbé la justification construite par le Rwanda

L'un des aspects les plus déterminants de l'entretien de Macron n'est pas ce qu'il a dit au sujet des sanctions, mais ce qu'il a accepté sans le remettre en cause. En intégrant la question des FDLR comme l'un de ses quatre axes, Macron a incorporé dans la politique française la justification fondamentale qu'utilise le Rwanda pour maintenir une présence militaire permanente en RDC.

Les FDLR, une milice hutue rwandaise présente en RDC depuis les lendemains du génocide de 1994, ont été progressivement affaiblies en tant que force militaire au cours des deux dernières décennies. Des analystes indépendants, dont Jason Stearns du Congo Research Group et des universitaires tels que Filip Reyntjens, ont systématiquement documenté que la menace posée par les FDLR, bien que réelle en termes localisés, a été délibérément exagérée par Kigali à des fins stratégiques. Elle fonctionne comme un alibi permanent : tant que les FDLR existent sous quelque forme que ce soit, le Rwanda revendique le droit d'opérer à l'intérieur du territoire congolais.

Il est crucial de noter que les Accords de Washington signés en décembre 2025 — le cadre d'accord le plus récent sur la crise en RDC — ont intégré cette même logique dans leur architecture. Les FDLR ont été érigées en condition préalable au retrait du Rwanda, un séquençage que l'ARC a précédemment documenté comme étant structurellement conçu pour s'assurer que le Rwanda n'ait jamais à quitter le territoire. L'adoption par Macron du même cadre n'est pas une coïncidence. C'est la continuation d'une position que la France maintient de manière constante et qui sert précisément les intérêts de Kigali.

Un véritable engagement en faveur de la souveraineté congolaise exigerait que la France insiste sur le fait que le Rwanda ne peut légalement conditionner son retrait du territoire d'un autre pays à la résolution d'un problème de sécurité qu'il a lui-même fabriqué ou entretenu. La question des FDLR relève des autorités congolaises, avec le soutien de la communauté internationale. Ce n'est pas un fondement légitime pour une occupation militaire étrangère indéfinie.

 

4. Le Rwanda était là avant les sanctions : le sophisme chronologique au cœur de la position de Macron

Interrogé sur la question de savoir si la France et l'UE devaient suivre les États-Unis en imposant des sanctions au Rwanda, Macron n'a pas simplement décliné. Il a activement soutenu le contraire de la logique des sanctions, avertissant que si tout le monde se précipitait à suivre les Américains pour « mettre le Rwanda au banc », il y aurait peu de chances de convaincre Kigali d'adopter une posture coopérative.

Cet argument contient une erreur logique fondamentale que Macron ne reconnaît pas, ou qu'il a choisi de ne pas reconnaître.

La présence militaire du Rwanda dans l'est de la RDC est antérieure aux sanctions américaines de plusieurs années. Le M23 a relancé ses opérations fin 2021. Les rapports du Groupe d'experts de l'ONU documentant l'implication des FDR ont commencé à circuler au sein du Conseil de sécurité à partir de 2022. Les FDR ont été désignées en tant qu'institution par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain le 2 mars 2026, à la suite de la capture d'Uvira par le M23 en violation des Accords de Washington signés en décembre 2025. Des désignations individuelles, dont celle de James Kabarebe, ont été émises le 20 février 2025.

À aucun moment les sanctions n'ont causé l'entrée du Rwanda en RDC. Le Rwanda était déjà là. Les sanctions ont été une réponse à des actes qui avaient déjà eu lieu et qui se poursuivaient. Soutenir, comme l'a fait Macron, que les sanctions empêcheront le Rwanda d'adopter un comportement coopératif, c'est inverser la séquence des événements. C'est traiter la réponse au crime comme le problème, plutôt que le crime lui-même.

Il y a une autre dimension de cet argument que Macron n'aborde pas. Si l'absence de sanctions constitue un signal de bonne volonté de la communauté internationale envers Kigali, ce signal a déjà été envoyé, à maintes reprises et pendant de nombreuses années, sans produire aucun changement dans la conduite du Rwanda en RDC. L'approche de la France — le dialogue sans conséquences — a un bilan. Ce bilan est celui de l'échec, mesuré en déplacements, en atrocités et en pillage continu des richesses minérales du Congo oriental. Les sanctions n'empêchent pas le Rwanda de coopérer. Le Rwanda n'a jamais coopéré. Les accords ont été violés par le Rwanda le jour même de leur signature.

 

5. La conférence des donateurs sabotée par Kagame : le silence de Macron comme complicité

Il est un épisode que Macron n'a pas mentionné dans son entretien, et son absence est plus révélatrice que tout ce qu'il a dit.

La France a organisé une conférence internationale des donateurs sur la crise en RDC à Paris, le 30 octobre 2025. La Conférence internationale de Paris sur la région des Grands Lacs, coorganisée par la France et le Togo, a mobilisé plus de 1,5 milliard d'euros d'aide internationale pour faire face à la grave crise humanitaire dans l'est de la République démocratique du Congo et dans les pays environnants. La conférence visait à mobiliser des ressources internationales pour la population civile de l'est, qui vit l'une des urgences humanitaires les plus graves du continent africain. Le président Kagame a refusé d'ouvrir l'espace aérien contrôlé par le Rwanda pour permettre à l'aide d'atteindre la population affectée. Le couloir humanitaire a été bloqué par le même gouvernement que la France défendait simultanément contre les appels à sanctions.

Un président français véritablement engagé en faveur de la souveraineté congolaise et du bien-être des civils l'aurait condamné et aurait reconnu publiquement que le partenaire qu'il protège des sanctions est le même qui a fermé le ciel à des populations dans un besoin désespéré de nourriture et de médicaments, en violation des principes humanitaires que la France prétend défendre. Il ne l'a pas fait.

Ce silence n'est pas une omission diplomatique. C'est une déclaration politique. Il communique à Kagame qu'il n'y aura aucune conséquence française pour des actes qui, s'ils étaient commis par un gouvernement moins stratégiquement précieux pour Paris, seraient qualifiés d'obstruction délibérée à l'accès humanitaire et de violation du droit international humanitaire.

 

6. L'illusion de la médiation : la répétition sans objet

La prescription centrale de Macron était la reprise du dialogue et le rassemblement de toutes les parties médiatrices autour d'une même table. Il a cité le processus de Nairobi, le processus angolais, le mandat de l'Union africaine et l'implication d'anciens présidents. Il a exprimé sa frustration face au fait que des acteurs arrivent à la médiation puis cessent de médier, et que de nouveaux acteurs arrivent sans capitaliser sur ce qui a été accompli. Dans l'entretien, il a déclaré : « Je crois plus dans cette période à la reprise d'un dialogue efficace » et « je pense qu'on serait plus efficace si on remettait tout le monde autour de la table pour avancer. »

Ce diagnostic est exact dans les limites de sa portée. Mais la prescription — davantage de médiation — ne découle pas du diagnostic. La raison pour laquelle les processus de médiation ont échoué ne tient pas principalement au fait que les mauvaises parties étaient à la table, ou que la table était insuffisamment large, ou que l'autorité de convocation manquait de légitimité. Elle tient au fait que le Rwanda n'a jamais eu d'incitation matérielle à se retirer, parce que la communauté internationale a systématiquement absorbé sa non-conformité sans conséquence.

Le processus de Luanda a produit des accords que Kigali n'a pas honorés. Le processus de Nairobi a produit des accords que Kigali n'a pas honorés. Les Accords de Washington, signés en décembre 2025, ont été violés le jour même de leur entrée en vigueur et dans les semaines qui ont suivi, lorsque le M23 a capturé Uvira. L'appel de Macron à un dialogue renouvelé est le même appel qui a été lancé à chaque étape, et il a produit le même résultat à chaque fois : une nouvelle période de présence militaire rwandaise en RDC, davantage de déplacements et davantage de temps pour l'extraction des ressources du territoire occupé.

L'argument selon lequel dialogue et sanctions sont mutuellement exclusifs est un faux dilemme. Les sanctions ne sont pas une alternative à la diplomatie. Elles sont le mécanisme par lequel la diplomatie acquiert un pouvoir de levier. Sans conséquence, le dialogue n'est que conversation. La position de la France exige la conversation sans le levier, puis exprime sa frustration que rien ne change.

 

7. La France comme force de blocage des sanctions de l'Union européenne

L'entretien public de Macron n'est pas une déclaration isolée. Il reflète une position que la France a maintenue de manière constante au sein des délibérations de l'Union européenne sur le Rwanda. Lorsque des propositions de sanctions au niveau de l'UE contre la direction militaire rwandaise ont été avancées, la France a été le gouvernement qui a résisté, retardé ou dilué ces propositions. Ce n'est pas une question d'inférence ou d'allégation. C'est le bilan institutionnel documenté des délibérations de politique étrangère européenne sur la crise en RDC.

La conséquence du rôle de blocage de la France est concrète. L'Union européenne, le plus grand donateur collectif et bloc commercial du monde, n'a imposé aucune sanction aux Forces de défense du Rwanda. Elle a émis des déclarations, financé des processus de médiation et fourni une aide humanitaire. Elle n'a pas utilisé son instrument coercitif le plus significatif — les mesures économiques et financières ciblées — contre l'institution militaire que les experts de l'ONU ont documentée comme dirigeant un groupe armé responsable d'atrocités de masse dans un pays voisin.

Cette absence d'action n'est pas un échec des institutions de l'UE. C'est le produit de choix politiques délibérés faits par des États membres, et le rôle de la France dans ces choix est primordial. L'entretien de Macron, dans lequel il a publiquement critiqué les sanctions américaines et soutenu le contraire de la logique d'isolement, est l'expression publique du blocage privé que la France conduit au sein des conseils de l'UE.

Lorsque la France critique les sanctions américaines, elle ne parle pas en observateur neutre soucieux de cohérence stratégique. Elle parle en tant que gouvernement qui a activement oeuvré à empêcher l'UE de prendre des mesures équivalentes, et qui cherche maintenant à délégitimer la seule mesure coercitive significative qui ait été appliquée.

 

8. Le calcul Total Energies : pourquoi le Mozambique est la véritable raison pour laquelle la France s'oppose aux sanctions contre le Rwanda

L'argument public de la France contre les sanctions repose sur le langage de la diplomatie de principe : le dialogue est plus productif que l'isolement, les coalitions larges sont préférables aux mesures unilatérales, et les mesures punitives réduisent l'incitation à un comportement coopératif. Cet argument a été examiné et jugé analytiquement incohérent dans les sections précédentes. Mais il existe une explication plus précise à la position de la France, qui ne nécessite pas de supposer une confusion stratégique et qui ne dépend pas d'une lecture bienveillante des intentions de Paris.

Cette explication, c'est Total Energies.

Total Energies, la multinationale française du secteur de l'énergie, détient la plus grande concession de gaz naturel liquéfié (GNL) du continent africain dans la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Le projet, connu sous le nom de Mozambique LNG, représente l'un des intérêts commerciaux français les plus importants sur le continent, avec une valeur contractuelle estimée à des dizaines de milliards de dollars. Lorsqu'une insurrection jihadiste a déstabilisé Cabo Delgado à partir de 2017, menaçant la viabilité opérationnelle du projet, la question de savoir qui assurerait la sécurité des actifs de Total Energies est devenue un enjeu d'importance stratégique directe pour Paris.

C'est la France qui a initié et facilité le déploiement des Forces de défense du Rwanda à Cabo Delgado en 2021. Les FDR ont été désignées comme le principal prestataire de sécurité externe de la région, opérant aux côtés des forces armées mozambicaines et, par la suite, de la Mission de la Communauté de développement de l'Afrique australe au Mozambique. La présence des FDR a stabilisé l'environnement sécuritaire dans une mesure suffisante pour que Total Energies annonce son intention de reprendre ses opérations. Le lien entre le déploiement des FDR et les intérêts commerciaux français n'est pas une déduction. C'est la logique structurelle du dispositif.

Lorsque l'Union européenne a ensuite examiné la possibilité de maintenir ou de retirer son soutien financier aux opérations des FDR au Mozambique, la France s'est opposée à toute réduction de ce soutien. Les délibérations de l'UE reflétaient des préoccupations légitimes quant à la conduite et à la responsabilité des FDR dans de multiples théâtres d'opérations. La position de la France était que le soutien financier de l'UE devait se poursuivre. L'effet de cette résistance française a été de maintenir l'aval institutionnel de l'UE envers les FDR comme prestataire de sécurité, protégeant ainsi l'architecture opérationnelle dont dépendent les actifs de Total Energies.

Ce contexte transforme entièrement l'analyse de l'opposition française aux sanctions américaines. La question n'est plus simplement de savoir pourquoi la France refuse de suivre les États-Unis en désignant les FDR pour leur conduite en RDC. La question est de savoir ce que la France risque de perdre si les sanctions américaines contraignent les opérations des FDR au Mozambique, avec des conséquences directes sur le dispositif de sécurité à Cabo Delgado. Des Forces de défense du Rwanda opérant sous une pression financière internationale significative, avec leur structure de commandement désignée par le Trésor américain et potentiellement par l'Union européenne, sont un prestataire de sécurité moins fiable pour une concession énergétique française que des FDR opérant avec l'appui institutionnel européen et la protection diplomatique française.

L'opposition de Macron aux sanctions contre les FDR ne concerne donc pas principalement la RDC. La poursuite de la guerre dans l'est du Congo, avec toutes les atrocités et tous les déplacements documentés qu'elle engendre, ne menace pas directement un actif commercial français. Ce qui menace cet actif, c'est une architecture de sanctions internationale qui contraint la capacité opérationnelle et financière de la force qui le protège. La position de la France dans le débat sur la RDC est la conséquence directe d'une décision prise au Mozambique, dictée par les intérêts d'une entreprise dont le siège est à Paris.

Cette analyse résout également la contradiction apparente entre l'engagement déclaré de la France en faveur de la souveraineté congolaise et sa résistance constante à son application. Il n'y a pas de contradiction. La position de la France est cohérente du point de vue d'un gouvernement gérant un ensemble spécifique d'intérêts commerciaux et stratégiques. L'incohérence n'existe que si l'on prend au pied de la lettre les principes déclarés de la France. Les preuves ne soutiennent pas cette lecture.

La France n'a donc pas la légitimité pour critiquer les États-Unis qui prennent des mesures touchant à leurs intérêts stratégiques en RDC. Washington, à travers les désignations de l'OFAC et son cadre des Accords de Washington, a mené une politique reposant sur un engagement déclaré en faveur de la souveraineté congolaise et de l'application d'un accord que le Rwanda a violé. Si la France juge légitime de protéger les actifs de Total Energies au Mozambique grâce à la facilitation et à la couverture diplomatique des FDR, elle ne peut pas simultanément soutenir que les États-Unis faussent le processus de paix en imposant des mesures de responsabilisation à cette même force pour sa conduite en RDC. Le principe selon lequel un État peut utiliser les instruments à sa disposition pour protéger ses intérêts stratégiques s'applique à Washington au moins autant qu'à Paris. La critique française des sanctions américaines n'est pas une objection de principe. C'est un conflit d'intérêts habillé en langage diplomatique.

 

9. Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU : la France l'a coparrainée, puis l'a abandonnée

Le 21 février 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2773, exigeant le retrait immédiat et inconditionnel des forces rwandaises de la République démocratique du Congo et appelant à la cessation de tout soutien au M23. La France figurait parmi les coparrains de cette résolution. Ce fut un moment d'apparent engagement français en faveur du principe qu'il avait maintes fois déclaré publiquement : le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la RDC, exigeant le retrait de toutes les forces étrangères.

Le Rwanda a ignoré la résolution. Ses forces sont restées dans l'est de la RDC. Le M23, sous la direction des FDR, a poursuivi ses opérations militaires. La résolution que la France a contribué à rédiger et à coparrainer n'a produit aucun retrait, aucune cessation du soutien et aucun changement matériel dans les conditions sur le terrain.

La réponse de la France à cette non-conformité a été de ne rien faire. Elle n'a émis aucune protestation diplomatique formelle auprès de Kigali. Elle n'a pas utilisé son statut de membre permanent du Conseil de sécurité pour saisir le Conseil de la non-conformité du Rwanda en exigeant des mesures d'application. Elle n'a pas proposé de sanctions au niveau du Conseil de sécurité. Elle n'a pas agi au sein de l'Union européenne pour imposer les mesures bilatérales qui restaient disponibles. Au lieu de cela, Macron a accordé un entretien public appelant à un dialogue renouvelé et critiquant les États-Unis pour les sanctions qu'ils avaient imposées précisément parce que le Rwanda avait violé le cadre de paix.

Une résolution que ses coparrains n'ont pas l'intention de faire appliquer n'est pas un instrument diplomatique. C'est une déclaration sans conséquence, et son principal effet est de créer l'apparence d'une action tout en permettant au statu quo de se perpétuer. C'est ce que l'ARC qualifie de diplomatie de tiroir : la pratique consistant à produire des documents multilatéraux formels — résolutions, communiqués, cadres, accords — et à les ranger dans un tiroir, où ils s'accumulent comme preuves de processus sans produire aucun changement dans le comportement de la partie qui les viole.

La résolution 2773 stipule, en termes non équivoques, que le retrait du Rwanda doit être immédiat et inconditionnel. Ses paragraphes opérationnels ne contiennent aucune clause relative aux FDLR. Aucune condition de séquençage ne permet au Rwanda de rester en attendant la résolution d'un problème de sécurité. Le texte reflète la position selon laquelle la présence du Rwanda en RDC est illégale et doit prendre fin, point final. Le cadre en quatre axes de Macron, avec sa condition préalable sur les FDLR intégrée comme l'un des axes, contredit directement l'exigence de retrait inconditionnel de la résolution qu'il a coparrainée. La France ne peut pas simultanément revendiquer le mérite de la résolution 2773 et défendre un cadre politique qui conditionne la conformité du Rwanda à cette résolution.

Le peuple congolais attend depuis trente ans une résolution à un conflit qui a coûté, selon les estimations conservatrices des universitaires et de l'ONU, plus de dix millions de vies. Il a regardé s'enchaîner accord de paix après accord de paix, résolution après résolution, sommet après sommet, et médiation après médiation. À chaque fois que le cycle repart, davantage de personnes meurent, davantage de territoires sont perdus, davantage de ressources sont extraites et davantage de Congolais sont déplacés. L'appel de Macron à un dialogue renouvelé n'est pas une contribution à la fin de ce cycle. C'en est une continuation, assortie de l'insulte supplémentaire de critiquer le seul acteur — les États-Unis — qui ait imposé des conséquences applicables.

 

10. Le droit souverain de la République démocratique du Congo d'accepter et d'utiliser les sanctions imposées par ses partenaires

L'entretien de Macron a entièrement cadré la question des sanctions comme une affaire relevant de ce que des tiers devraient ou ne devraient pas faire, comme si la RDC était un objet passif de gestion internationale plutôt qu'un État souverain doté de droits légaux et d'une capacité d'action politique. Ce cadrage est en soi une forme d'irrespect envers la souveraineté congolaise, et il appelle une correction analytique directe.

La République démocratique du Congo a le droit, en vertu du droit international, de solliciter et d'accepter l'assistance d'États partenaires pour défendre son intégrité territoriale contre une présence militaire étrangère illégale. Ce n'est pas un principe contesté. C'est un élément fondateur de la souveraineté étatique reconnu dans la Charte des Nations Unies. Lorsque les États-Unis imposent des sanctions aux Forces de défense du Rwanda, ils le font dans l'exercice de leur propre autorité souveraine et en réponse à des violations documentées des normes internationales. Le gouvernement de la RDC, en tant qu'État souverain lésé, a tout le droit d'accueillir favorablement ces sanctions, de se coordonner avec les États-Unis sur leur application et de demander à d'autres États de prendre des mesures équivalentes.

La suggestion, implicite dans la position de Macron, selon laquelle la RDC devrait être prudente ou même indifférente aux outils que ses partenaires internationaux utilisent pour faire respecter les normes que le Rwanda a violées, constitue une inversion de la logique du droit international. Les États soumis à une occupation illégale ne doivent pas la neutralité à leurs occupants ni aux cadres diplomatiques qui les protègent. La RDC ne doit aucune déférence à une position diplomatique française dont l'effet pratique est de prolonger indéfiniment l'occupation rwandaise.

En outre, l'appel de Macron à l'Union africaine comme cadre institutionnel approprié pour gérer ce conflit ne peut pas être utilisé simultanément pour délégitimer les mesures prises par des États non africains. L'autorité de l'UA pour diriger des processus de médiation n'empêche pas le Trésor américain de désigner une force militaire étrangère pour des sanctions. Ce sont des instruments distincts opérant dans des sphères juridiques distinctes. La tentative de la France d'utiliser la primauté de l'UA comme argument contre les sanctions américaines est une confusion destinée à limiter la boîte à outils disponible pour ceux qui cherchent à obtenir des comptes, et non à renforcer la capacité institutionnelle africaine.

La RDC n'est pas obligée d'accepter le cadre préféré de la France. Elle n'est pas obligée de se soumettre à un processus de médiation qui a échoué à maintes reprises au motif que la France croit qu'une médiation supplémentaire finira par réussir. Elle n'est pas obligée de traiter les coparrains de résolutions de l'ONU comme des défenseurs crédibles de sa souveraineté lorsque ces mêmes coparrains résistent activement à l'application des résolutions qu'ils ont rédigées. La RDC a le droit de poursuivre la responsabilisation par tous les moyens légaux à sa disposition, en partenariat avec tout État disposé à la soutenir — et aucune déclaration de l'Élysée n'y change quoi que ce soit.

 

11. La position de Macron comme couverture morale pour une occupation continue

La conséquence la plus dangereuse de la position de la France n'est pas son effet direct sur la politique de sanctions. C'est le signal qu'elle envoie à Kigali sur le coût international de l'occupation.

Paul Kagame dirige le Rwanda depuis plus de trois décennies avec une compréhension aiguë des dynamiques politiques internationales. Il sait quels gouvernements agiront contre lui et lesquels ne le feront pas. Il sait que la France ne désignera pas son armée. Il sait que Macron apparaîtra dans des entretiens pour soutenir que l'isolement est contre-productif et que le dialogue doit être poursuivi. Cette connaissance est intégrée dans les calculs stratégiques de Kigali. Elle signifie que le seuil des conséquences internationales reste gérable, et que le Rwanda peut continuer à opérer en RDC dans une fourchette de comportements qui a déjà été établie comme tolérable pour Paris.

Lorsqu'un chef de gouvernement s'oppose publiquement aux conséquences juridiques et financières qu'un autre gouvernement a imposées à une force d'occupation, il offre à cette force d'occupation une assurance politique. Les propos de Macron dans cet entretien n'étaient pas simplement une déclaration politique destinée au public français intérieur. Ils constituaient un message adressé à Kagame : la France est avec vous, et la France plaidera votre cause dans les forums européens et internationaux.

C'est ce que le peuple congolais entend lorsqu'il décrit la France comme un complice de l'agression rwandaise. Il ne veut pas dire que la France a ordonné l'invasion. Il veut dire que la France a systématiquement utilisé son poids institutionnel pour protéger le Rwanda des conséquences d'une invasion que la France a eu toutes les occasions de condamner sans réserve, et ne l'a pas fait.

 

12. Mauvais jugement et abandon de l'analyse de principe

Macron a reconnu dans son entretien qu'il existe un accord de paix — en référence aux Accords de Washington — puis a concédé, avec une qualification audible, qu'« il n'y a pas totalement la paix si on est honnête. » C'est une déclaration extraordinaire. Un accord de paix a été signé, il a été violé, et la réponse du président français est d'appeler à davantage de dialogue et de s'opposer aux sanctions imposées précisément en réponse à cette violation.

Le cadre intellectuel que Macron applique à la crise RDC-Rwanda ne serait pas appliqué à toute autre occupation territoriale que la France considérerait comme stratégiquement significative. La France n'a pas plaidé pour un dialogue sans conséquences face à la conduite de la Russie en Ukraine. Elle n'a pas averti que l'isolement de Moscou serait contre-productif à la paix. L'asymétrie des normes analytiques révèle que la position de la France sur le Rwanda n'est pas le produit d'une théorie de principe de résolution des conflits, mais d'un ensemble spécifique d'intérêts et de relations qui opèrent en dessous du niveau de la politique déclarée.

Qualifier la position de la France de mauvais jugement est, si tant est que ce soit possible, trop généreux. Un mauvais jugement suppose une tentative honnête de lire correctement une situation, suivie d'une erreur. Ce que le dossier révèle dans le cas RDC-Rwanda est un schéma soutenu et cohérent qui a persisté à travers de multiples gouvernements, de multiples processus de paix et de multiples cycles d'atrocités documentées. Ce n'est pas un mauvais jugement. C'est une politique.

 

13. Conclusion : Trente ans, dix millions de morts — le temps des atermoiements est révolu

L'entretien d'Emmanuel Macron ne représente pas une nouvelle position française sur le conflit RDC-Rwanda. Il représente l'articulation d'une position maintenue depuis des années et qui a, au fil de ces années, contribué à des conditions dans lesquelles des civils congolais ordinaires continuent d'être déplacés, tués et soumis à des violences systématiques. C'est une position que la France a enveloppée dans le langage de la diplomatie, du multilatéralisme et de l'appropriation africaine, tout en utilisant son poids institutionnel pour empêcher chaque mesure coercitive significative qui aurait pu changer la situation sur le terrain.

Cette position a désormais un fondement commercial identifiable. La France a facilité le déploiement des Forces de défense du Rwanda au Mozambique pour protéger les actifs gaziers de Total Energies à Cabo Delgado. La France a ensuite bloqué les tentatives de l'UE de retirer son soutien financier à ce déploiement. Et la France continue de s'opposer aux sanctions internationales contre les FDR parce que ces sanctions contraindraient la capacité institutionnelle de la force dont dépend une entreprise énergétique française pour assurer sa sécurité. La guerre en RDC est, du point de vue de Paris, une question secondaire.

La France a coparrainé la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui exige le retrait immédiat et inconditionnel du Rwanda de la RDC. Le Rwanda l'a ignorée. La France n'a rien fait. Macron est ensuite apparu dans un entretien public appelant à davantage de dialogue et critiquant les États-Unis pour les sanctions imposées directement en réponse à cette non-conformité. Cette séquence d'événements — résolution, non-conformité, silence, critique mal dirigée — n'est pas une politique étrangère. C'est une tactique dilatoire. Et chaque jour de délai se paie en vies congolaises.

Les États-Unis, sans l'engagement desquels et sans l'architecture de sanctions desquels davantage de territoire congolais aurait été perdu et davantage de civils auraient souffert, méritent d'être reconnus pour l'action concrète qu'ils ont prise lorsque la France ne l'a pas fait. La France doit honnêteté à ce sujet au gouvernement de la RDC, au peuple congolais et à la communauté internationale. L'affirmation selon laquelle les sanctions américaines sont contre-productives à la paix ne peut pas être soutenue de bonne foi par un gouvernement qui n'a pris aucune mesure coercitive de sa propre initiative, qui a bloqué les mesures coercitives de l'UE et qui a ignoré la violation par le Rwanda d'une résolution que la France elle-même a coparrainée.

C'est une question de grave préoccupation — et de honte manifeste — qu'un membre permanent du Conseil de sécurité, qui se présente comme un champion du droit international et du développement africain, ait utilisé un entretien public non pas pour rendre compte de son incapacité à faire appliquer la résolution 2773, mais pour affaiblir le seul gouvernement qui l'ait fait. L'entretien de Macron a fourni à Kagame précisément l'assurance dont il avait besoin : que le partenaire bilatéral stratégiquement le plus important du Rwanda en Europe continuera à résister aux pressions, à appeler au dialogue et à traiter le retrait inconditionnel exigé par le Conseil de sécurité comme une destination à négocier plutôt que comme une obligation juridique à exécuter.

La France doit au gouvernement de la République démocratique du Congo des excuses. Non pas une formulation diplomatique. Non pas une reformulation de ses quatre axes. Des excuses pour des décennies de protection d'un gouvernement dont les forces ont contribué aux décès de plus de dix millions de personnes sur le sol congolais depuis 1996. Des excuses pour avoir coparrainé une résolution du Conseil de sécurité et avoir ensuite refusé de la défendre. Des excuses pour avoir critiqué les États-Unis pour avoir fait ce que la France n'a pas voulu faire.

Trente ans se sont écoulés. Dix millions de personnes sont mortes. Des millions d'autres restent déplacées. L'est de la RDC continue d'être occupé, ses ressources extraites, ses civils tués. Il ne reste plus de temps pour le type de diplomatie que pratique la France — celui qui remplit des tiroirs de résolutions, de communiqués et de déclarations de sommets pendant que la guerre continue et que les intérêts commerciaux sont protégés. The African Rights Campaign demande à la France de mettre fin à sa résistance aux sanctions de l'Union européenne contre les Forces de défense du Rwanda ; de reconnaître publiquement l'agression rwandaise pour ce qu'elle est ; de divulguer les termes complets de ses accords de sécurité au Mozambique ; et de cesser de fonctionner comme le protecteur le plus fiable de Kigali au sein des institutions européennes.

Le peuple de l'est du Congo a attendu assez longtemps. Le monde a regardé assez longtemps. Et le dossier est suffisamment clair. La position de la France n'est pas de la diplomatie. C'est de la complicité.

 

 

 

Foire aux questions

Que prévoit la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU et pourquoi n'a-t-elle pas été mise en œuvre ?

La résolution 2773, adoptée le 21 février 2025, exige le retrait immédiat et inconditionnel des forces rwandaises de la RDC et la cessation de tout soutien au M23. Son texte opérationnel ne contient aucune condition préalable. Le Rwanda ne s'y est pas conformé. La France, en tant que coparraine, n'a pris aucune mesure pour la faire appliquer, n'a pas officiellement saisi le Conseil de sécurité de la non-conformité en exigeant des conséquences, et n'a pas utilisé sa position au sein de l'UE pour imposer des mesures bilatérales. La résolution n'a produit aucun changement dans les conditions sur le terrain.

La RDC a-t-elle le droit d'accepter et d'utiliser les sanctions de ses partenaires contre le Rwanda ?

Oui. La RDC est un État souverain dont l'intégrité territoriale a été violée par une présence militaire étrangère documentée. En vertu du droit international et de la Charte des Nations Unies, la RDC a le droit de solliciter l'assistance d'États partenaires pour défendre cette intégrité territoriale, y compris en accueillant favorablement les sanctions imposées à la force occupante et en se coordonnant avec les États qui les ont imposées. La RDC ne doit aucune déférence diplomatique au cadre préféré de la France, et aucune position de politique française ne modifie les droits légaux de la RDC en tant qu'État souverain lésé.

Quel est le coût humain total du conflit en RDC depuis 1996 ?

Les estimations crédibles des universitaires et de l'ONU placent le bilan humain des conflits successifs dans l'est de la RDC depuis 1996 à plus de dix millions de personnes, en tenant compte de la violence directe, de la mortalité liée aux déplacements, des maladies et de l'effondrement humanitaire. Le conflit est considéré comme le plus meurtrier du continent africain depuis la Seconde Guerre mondiale et parmi les crises humanitaires les plus catastrophiques de l'histoire mondiale moderne.

Quel est le lien entre la politique rwandaise de la France et Total Energies au Mozambique ?

La France a facilité le déploiement des Forces de défense du Rwanda dans la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique, en 2021, où Total Energies détient la plus grande concession GNL du continent. Les FDR ont servi de principal prestataire de sécurité externe dans la région. Lorsque les institutions de l'UE ont délibéré sur la question de maintenir ou de retirer leur soutien financier à ce déploiement, la France s'y est opposée. Les sanctions américaines contre les FDR en tant qu'institution imposent des contraintes financières et opérationnelles à la même force qui protège un actif commercial français. L'opposition de la France à ces sanctions est donc directement liée à son intérêt à maintenir l'efficacité des FDR au Mozambique, et pas seulement à des préoccupations déclarées concernant le processus de paix en RDC.

Pourquoi la France s'oppose-t-elle aux sanctions contre le Rwanda concernant le conflit en RDC ?

La France entretient une relation stratégique avec le Rwanda depuis le rapprochement post-génocide facilité sous la présidence Sarkozy. La France n'a pas expliqué publiquement sa résistance aux sanctions de l'UE en termes institutionnels, mais la nature de sa conduite au sein des délibérations de l'UE, et les arguments avancés publiquement par Macron, indiquent que la France privilégie le dialogue et l'engagement bilatéral plutôt que les mesures coercitives, quels que soient les actes documentés du Rwanda en RDC. Une autre dimension de cette dynamique est que la France opère depuis les années 1990 sous le poids de l'accusation rwandaise selon laquelle elle aurait porté une part de responsabilité dans le génocide. Cette situation a engendré une posture de culpabilité et de repentance envers Kigali que les gouvernements français successifs ont répugné à abandonner. L'effet pratique est que la France semble utiliser sa tolérance envers la conduite du Rwanda en RDC comme une forme de compensation pour son rôle allégué dans le génocide — un calcul qui s'est avéré catastrophique pour le peuple congolais, qui supporte le coût d'une relation diplomatique construite sur le règlement de comptes historiques d'autrui.

Les sanctions contre le Rwanda ont-elles effectivement réduit les violences dans l'est de la RDC ?

Les désignations par le Trésor américain de James Kabarebe en février 2025 et la désignation institutionnelle des Forces de défense du Rwanda en mars 2026 ont imposé des coûts financiers significatifs au commandement militaire rwandais et à son accès au système financier international. Des observateurs indépendants du conflit ont noté une période de réduction des opérations offensives du M23 à la suite des désignations, bien que la situation soit restée volatile. Les éléments disponibles soutiennent la conclusion que les sanctions ciblées ont un effet dissuasif mesurable, contrairement à l'affirmation de Macron.

Que sont les FDLR et pourquoi sont-elles importantes dans ce contexte ?

Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont une milice hutue rwandaise présente dans l'est de la RDC depuis les lendemains du génocide de 1994. Le Rwanda a utilisé la présence continue des FDLR comme principale justification de ses opérations militaires transfrontalières. Des analystes indépendants ont documenté que les FDLR, bien que représentant une menace sécuritaire réelle pour les communautés locales, ont été délibérément entretenues comme un alibi stratégique par Kigali pour justifier un engagement militaire indéfini sur le territoire congolais.

Que sont les Accords de Washington et ont-ils été couronnés de succès ?

Les Accords de Washington sont un cadre de paix signé le 4 décembre 2025 sous la facilitation américaine. L'accord exigeait un cessez-le-feu, le retrait des forces étrangères et le rétablissement de l'autorité de l'État congolais dans l'est. Le M23 a violé l'accord le jour même de sa signature et dans les semaines qui ont suivi, en capturant Uvira en janvier 2026. La capture d'Uvira a déclenché la désignation institutionnelle des Forces de défense du Rwanda par le Trésor américain le 2 mars 2026.

Pourquoi Kagame a-t-il refusé d'ouvrir l'espace aérien lors de la conférence des donateurs organisée par Macron ?

Aucune explication officielle n'a été fournie par le Rwanda pour la fermeture de l'espace aérien lors de la conférence des donateurs. L'effet pratique a été d'empêcher l'acheminement de l'aide humanitaire vers les populations civiles dans les zones contrôlées par le M23. La décision était conforme à un schéma d'instrumentalisation de l'accès humanitaire comme outil de pression militaire et politique, une pratique documentée par les rapports de l'ONU à travers de multiples phases du conflit.

Que peut faire l'UE qu'elle n'a pas encore fait ?

L'Union européenne dispose de l'architecture juridique pour imposer des sanctions financières ciblées, des gels d'avoirs et des interdictions de voyager aux individus et entités responsables de violations du droit international humanitaire. Elle l'a fait dans d'autres contextes de conflit. Dans le cas RDC-Rwanda, elle a émis des déclarations d'inquiétude mais n'a pas appliqué ces instruments. La différence tient à la volonté politique, et non à la capacité juridique. Le rôle de blocage de la France a été le principal obstacle à l'action de l'UE.

 

 

Références

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Département du Trésor américain, Office of Foreign Assets Control (2026) « Treasury Designates Rwanda Defence Force and Senior Officials for Violations in Eastern DRC ». Washington DC : Trésor américain. 2 mars 2026.

 

 

 

 

Auteur : Unité de recherche et d'analyse de The African Rights Campaign

Publié par : The African Rights Campaign (ARC), Londres

Web : africarealities.blogspot.com  |  Contact : africanrightscampaign@gmail.com

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