THE AFRICAN RIGHTS CAMPAIGN
London, United Kingdom
africanrightscampaign@gmail.com
For the Peoples of the African Great Lakes
Region
Londres, le 10 avril 2025
À l’attention de :
Madame Juliana Amato Lumumba
Candidate au poste de Secrétaire générale
Organisation internationale de la
Francophonie (OIF)
Objet : Analyse critique de votre programme en neuf projets — Lacunes identifiées
et recommandations d’enrichissement
Référence : ARC/OIF/2026/005 (en référence à ARC/OIF/2026/004)
Madame la candidate,
Nous avons pris connaissance avec un intérêt sincère de
votre programme de candidature au poste de Secrétaire générale de
l’Organisation internationale de la Francophonie, articulé autour de neuf
projets présentés sous la vision d’une « Francophonie des peuples, par les
peuples et pour les peuples ». Cette ambition résonne profondément avec
les valeurs et les engagements de The African Rights Campaign, et nous saluons
la vision globale que vous portez.
Cependant, dans le cadre du dialogue stratégique que nous
avons engagé avec vous à travers notre lettre de recommandations
(référence : ARC/OIF/2026/004), nous avons conduit une analyse comparative
rigoureuse de vos neuf projets au regard des dix-huit priorités que nous avions
identifiées. Cet exercice révèle à la fois des convergences encourageantes et
des lacunes significatives que nous nous permettons de vous soumettre, dans un
esprit de construction et de soutien actif à votre candidature.
Nous vous présentons d’abord un diagnostic de ce que
l’OIF fait et ne fait pas dans sa programmation actuelle 2024-2027, afin
d’établir une base factuelle incontestable. Nous analysons ensuite vos neuf
projets au regard de ce diagnostic, détaillons les priorités absentes, et vous
soumettons nos recommandations d’enrichissement.
I. Diagnostic : ce que l’OIF
fait et ne fait pas dans sa programmation 2024-2027
Avant d’analyser votre programme, il est indispensable
d’établir un diagnostic précis et factuel de ce que l’OIF fait concrètement
aujourd’hui. C’est sur cette base que se mesure la valeur ajoutée réelle d’une
candidature de changement. Ce diagnostic est également l’arme la plus efficace
pour contrer l’argument de continuité que la Secrétaire générale sortante ne
manquera pas d’utiliser.
La programmation quadriennale 2024-2027 de l’OIF, adoptée
lors de la 44e Conférence ministérielle de Yaoundé en novembre 2023, comprend
vingt projets répartis en trois programmes stratégiques.
Ce que l’OIF fait déjà dans ses 20
projets actuels
Le programme stratégique 1 couvre la langue française, les cultures et l’éducation,
avec des projets d’enseignement et d’apprentissage du français, de formation à
distance des maîtres, d’intégration des langues nationales africaines dans les
systèmes éducatifs, de soutien aux industries culturelles et d’organisation des
Jeux de la Francophonie.
Le programme stratégique 2 couvre la démocratie, la gouvernance et la paix, avec
des projets de soutien à l’état de droit, de médiation dans les crises
politiques, d’enregistrement à l’état civil, et un projet de prévention et de
lutte contre les désordres de l’information, doté d’une enveloppe de 270 000
euros et soutenant des initiatives de fact-checking dans onze pays membres.
Le programme stratégique 3 couvre le développement durable avec des projets
d’autonomisation économique des femmes (Fonds « La Francophonie avec
Elles »), de formation aux compétences numériques (D-CLIC), de promotion
des échanges commerciaux (Missions économiques annuelles), d’accompagnement
environnemental et climatique, et de soutien au tourisme durable.
En résumé, l’OIF travaille déjà sur : la langue et
l’éducation, la culture, la démocratie et l’état de droit, la paix et la
médiation, le genre (partiellement), le numérique (compétences), les échanges
commerciaux (modestement), le climat (superficiellement) et la désinformation
(marginalement).
Les dix lacunes absolues : ce
que l’OIF ne fait pas du tout
Notre analyse de la programmation 2024-2027 identifie dix
domaines totalement absents de l’action de l’OIF. Ce sont précisément ces
domaines qui constituent le terrain d’une candidature de rupture et de
transformation.
|
N° |
Domaine
absent |
Pourquoi l’OIF ne le fait pas |
Opportunité
pour votre candidature |
|
1 |
Financement
citoyen et autonomie financière |
L’OIF finance ses projets
exclusivement par les cotisations des États membres. Aucun mécanisme citoyen,
participatif ou privé n’existe. |
Proposer une loterie francophone
internationale et un Fonds d’innovation privé pour créer une Francophonie
véritablement financée par les peuples. |
|
2 |
Réforme de la
gouvernance interne |
L’OIF ne se réforme jamais
elle-même. Aucune limitation des mandats, aucune transparence électorale,
aucun rééquilibrage africain des instances. |
Proposer des réformes
structurelles courageuses : limitation des mandats, parité, audit
indépendant. Se soumettre soi-même à ces règles dès sa prise de fonctions. |
|
3 |
Santé publique
et solidarité sanitaire |
Totalement absent des 20 projets.
La pandémie COVID-19 a révélé ce vide : l’OIF n’a eu aucun rôle pendant
la crise. |
Créer un réseau francophone de
santé publique et un mécanisme de solidarité sanitaire entre membres. |
|
4 |
Intelligence artificielle en français |
D-CLIC forme aux compétences
numériques générales. Aucune stratégie IA, aucun corpus linguistique, aucun
partenariat avec les grandes plateformes technologiques. |
Lancer une stratégie IA en
français : corpus, partenariats avec Google, Microsoft, Meta, et soutien
aux startups IA africaines francophones. |
|
5 |
Allègement de
la dette des membres |
Aucun plaidoyer collectif au G20
ni aux institutions de Bretton Woods. L’OIF ne prend aucune position sur la
dette des pays membres les plus vulnérables. |
Faire de l’OIF une voix collective
pour l’allègement de la dette, comme le Commonwealth l’a fait dans son plan
2025-2030. |
|
6 |
Dialogue post-colonial |
Sujet institutionnellement tabou.
La relation des peuples africains à la langue française comme héritage
colonial n’est jamais abordée. |
Ouvrir ce dialogue avec
légitimité, en tant que candidate congolaise issue du pays le plus touché par
la colonisation belge. |
|
7 |
Réconciliation
avec les pays sahéliens retraités |
Aucun programme de réconciliation
après le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso en mars 2025. L’OIF reste silencieuse. |
Proposer un processus de dialogue
sans conditions préalables comme premier acte décisif du mandat. |
|
8 |
Objectifs commerciaux chiffrés |
Les Missions économiques existent
(une par an) mais sans objectif global chiffré. Le Commonwealth vise 2 000
milliards de dollars d’échanges. L’OIF ne fixe aucun objectif comparable. |
Fixer un objectif ambitieux et
public d’augmentation des échanges intra-francophones avec un horizon
temporel mesurable. |
|
9 |
Protection des
journalistes et défenseurs des droits |
La lutte contre la désinformation
existe (P11, 270 000 euros), mais aucun fonds de protection des journalistes
ni des défenseurs des droits humains menés dans les pays membres. |
Créer un Fonds francophone de
protection des journalistes et des acteurs de la société civile menacés. |
|
10 |
Institut de
recherche linguistique et technologique |
Aucune institution dédiée au
développement scientifique et technologique de la langue française n’existe.
La terminologie scientifique et la traduction vers le français ne sont pas
financées. |
Créer un Institut francophone
international pour la langue, le numérique et la recherche, avec des centres
régionaux en Afrique. |
Ce tableau est un outil stratégique central pour votre
campagne. Chaque lacune est une opportunité de vous distinguer de la Secrétaire
générale sortante. Chaque colonne orange correspond à une faille que votre
programme peut combler. Chaque colonne verte décrit un engagement que Madame
Mushikiwabo ne peut pas revendiquer, car il ne figure dans aucun des vingt
projets de l’OIF actuelle.
II. Une critique historique
fondamentale : l’OIF trop culturelle, pas assez économique ni sociale
Avant d’analyser votre programme, il est indispensable
d’aborder une critique récurrente et bien documentée qui pèse sur la
Francophonie institutionnelle depuis des décennies et qui conditionne
directement les attentes de millions de francophones à l’égard du prochain
Secrétaire général. Cette critique peut se résumer ainsi : l’OIF s’est
historiquement enfermée dans une vocation essentiellement culturelle et
linguistique, au détriment des dimensions économiques, de bien-être et de
développement humain qui représentent les préoccupations réelles des peuples
francophones.
L’origine du biais culturel :
une institution née langue et culture
L’OIF a été fondée en 1970 sous le nom d’Agence de
coopération culturelle et technique. Le mot « culturelle » n’est pas
accidentel : il reflète la vision fondatrice de Léopold Sédar Senghor, qui
voulait faire du français « le grec des temps modernes »,
c’est-à-dire un vecteur de civilisation et d’identité commune. Cette ambition
était noble et nécessaire à l’époque. Mais cinquante ans plus tard, dans une
Afrique où plus de la moitié des populations vivent sous le seuil de pauvreté,
où le chômage des jeunes dépasse souvent 30 %, et où les systèmes de santé
sont chroniquement sous-financés, la question n’est plus : « comment
parle-t-on le français ? » Mais bien : « qu’est-ce que
la Francophonie fait concrètement pour améliorer ma vie ? ». En
répondant a cette question, vous répondez aux attentes de la Francophonie des
peuples.
Les critiques historiques
documentées
Cette critique n’est pas nouvelle ni marginale. Elle est
formulée depuis des années par des chercheurs, des économistes, des
responsables politiques africains et des observateurs de la société
civile :
•
La
Fondation Jean-Jaurès a explicitement appelé à une « francophonie de
l’action économique », avec un concept d’« économie
arc-en-ciel » couvrant la transformation structurelle, la création
d’emplois, l’entrepreneuriat et l’innovation, et déplorant que l’OIF reste trop
centrée sur ses missions culturelles au détriment de son potentiel économique.
•
Le
Sénat français, dans un rapport dédié à l’action culturelle extérieure, a
directement écrit que « la francophonie ne doit pas être cantonnée à un
rôle de bailleur de fonds » culturels, insistant sur la nécessité d’un
engagement économique réel.
•
Des
analystes académiques spécialisés dans les politiques linguistiques ont
souligné que le maintien des cultures et de leur diversité n’est possible que
si « ces cultures sont portées par des sociétés fortes et
développées », et que dans beaucoup de pays en développement, « les
dossiers d’investissement prioritaires touchent rarement la mise en valeur des
projets culturels ».
•
Des
représentants de sociétés civiles africaines ont régulièrement interrogé
l’utilité pratique de l’OIF pour les populations, estimant que la Francophonie
reste une institution d’élites culturelles et diplomatiques plutôt qu’une
organisation de développement humain.
•
La
Francophonie elle-même a reconnu cette tension lors du Sommet de Ouagadougou en
2004, en adoptant une stratégie économique pour la Francophonie dont les deux
axes principaux sont l’atteinte des Objectifs de développement durable et la
construction d’un « espace d’échange et de prospérité partagée ». Mais
ces ambitions sont restées largement théoriques.
Le paradoxe central : une
organisation riche en culture, pauvre en impact
Le paradoxe de l’OIF peut s’énoncer ainsi :
l’organisation qui représente le plus grand espace linguistique en croissance
démographique au monde — plus de trois cents millions de locuteurs aujourd’hui,
près de sept cent millions d’ici 2050 — est celle qui a l’impact le plus faible
sur le bien-être matériel, économique et sanitaire de ces populations. Un
budget annuel de moins de 70 millions d’euros pour l’ensemble de ses missions,
essentiellement consacré à des programmes culturels, linguistiques et diplomatiques,
ne peut pas transformer les conditions de vie de centaines de millions de
personnes. Ce décalage entre la taille de l’espace francophone et la modestie
de l’impact humain de l’OIF est précisément ce qui alimente le sentiment
d’inutilité de l’organisation.
Ce que votre programme doit
affirmer : culture et développement, les deux ensemble
La réponse à cette critique ne consiste pas à abandonner
la culture. La langue française, les arts, les littératures et la diversité
culturelle francophone sont des atouts irremplaçables et constituent la raison
d’être de l’organisation. Mais ils ne suffisent plus. La Francophonie du XXIᵉ siècle doit être à la fois gardienne de sa richesse
culturelle et moteur de développement humain, de bien-être et de prospérité
partagée.
Votre vision d’une « Francophonie des peuples »
ne peut se réaliser qu’à cette double condition. Une Francophonie qui ne parle
que de langue et de culture sans s’attaquer au chômage, à la pauvreté, à la
santé et aux inégalités économiques sera toujours perçue comme éloignée des
réalités. Votre programme doit donc explicitement marquer cette rupture en
inscrivant les dimensions économiques, sociales et de bien-être humain au même
rang que la dimension culturelle, voire en les élevant au premier plan. C’est précisément
ce que nos propositions de financement citoyen, de commerce intra-francophone
ambitieux, de santé publique et d’allègement de la dette visent à accomplir.
Le tableau ci-dessous propose un cadre de rééquilibrage
entre les trois piliers que doit désormais incarner une Francophonie
renouvelée :
|
Pilier 1
— Culture et langue |
Pilier 2
— Économie et commerce |
Pilier 3 — Bien-être et développement humain |
Pilier 4 — Politique : paix, droits humains et
démocratie |
|
Promotion du français dans les sciences et la
technologie |
Objectif chiffré d’échanges commerciaux
intra-francophones |
Réseau francophone de santé publique |
Résolution des conflits et diplomatie préventive |
|
Littératures, arts et industries culturelles africaines |
Fonds d’innovation et loterie francophone citoyenne |
Allègement de la dette des pays vulnérables |
Réconciliation avec les pays sahéliens retraités |
|
Institut de recherche linguistique et numérique |
Incubateurs d’entreprises et soutien aux PME |
Programmes d’emploi pour la jeunesse francophone |
Protection des journalistes et défenseurs des droits |
|
Dialogue post-colonial et souveraineté culturelle |
Partenariats avec le secteur privé francophone |
Égalité de genre et autonomisation des femmes |
Mécanisme
d’évaluation démocratique indépendant |
|
Diversité culturelle et littératie médiatique |
Mobilité professionnelle et reconnaissance des diplômes |
Santé maternelle, infantile et sécurité alimentaire |
Lutte contre la désinformation et état de droit |
Ce cadre à quatre piliers égaux constitue la rupture
stratégique que votre candidature doit incarner. Il ne s’agit pas de diminuer
la culture : il s’agit de la placer aux côtés — et non au-dessus — du
développement économique, du bien-être humain et de la paix politique. Une
Francophonie qui nourrit, qui soigne, qui emploie, qui protège ses citoyens et
qui garantit leurs droits sera aussi la Francophonie qui chante, qui crée et
qui rayonne. L’une ne va pas sans l’autre.
III. Ce que votre programme fait
bien : les convergences avec nos recommandations
Il convient de reconnaître d’emblée que plusieurs de vos
neuf projets recoupent des priorités que nous avions identifiées dans notre
lettre de recommandations :
•
Votre
projet 2 (Francophonie numérique) rejoint notre priorité VI sur le
développement numérique et l’intelligence artificielle en français.
•
Votre
projet 3 (coopération économique) correspond partiellement à notre priorité XV
sur le commerce intra-francophone.
•
Votre
projet 4 (éducation et recherche) recoupe notre priorité VIII sur l’Institut
francophone de recherche et de développement.
•
Votre
projet 6 (démocratie et droits humains) correspond à notre priorité XII sur les
droits humains et l’état de droit.
•
Votre
projet 7 (paix et sécurité) rejoint notre priorité XI sur la paix, la sécurité
et la crise sahélienne.
•
Votre
projet 8 (développement durable) correspond partiellement à notre priorité X
sur le changement climatique.
Ces convergences sont réelles et encourageantes. Elles
témoignent d’une lecture lucide de plusieurs défis que l’OIF doit relever.
Cependant, notre analyse révèle que ces projets demeurent à un niveau de
généralités qui les privent d’une force de conviction et d’un caractère
opérationnel suffisants. Et des pans entiers de notre analyse sont, eux,
totalement absents.
IV. Analyse projet par projet :
lacunes et recommandations
Le tableau ci-après présente, pour chacun de vos neuf
projets, les lacunes identifiées au regard de nos recommandations et les ajouts
que nous vous proposons.
|
N° |
Projet de
Mme Lumumba |
Lacunes
identifiées |
Ajouts
recommandés (ARC) |
|
1 |
Rencontres interculturelles
francophones Bâtir un dialogue vivant
entre les peuples. |
Très symbolique, mais sans
mécanisme concret. Aucun budget proposé, aucun objectif mesurable, aucune
mention de la question post-coloniale qui conditionne la crédibilité de tout
dialogue interculturel dans l’espace francophone africain. |
Intégrer un volet explicite sur le
dialogue post-colonial (priorité XVI). Spécifier les formats concrets :
festivals francophones, résidences d’artistes, échanges scolaires et
restitution du patrimoine culturel africain. |
|
2 |
Intégration de la Francophonie
numérique Développer les compétences
numériques. |
Trop général. Aucune mention de
l’intelligence artificielle en français, des corpus linguistiques, de la
connectivité en Afrique francophone, ni des partenariats avec les grandes
plateformes technologiques. |
Compléter avec la stratégie IA en
français, le développement des corpus linguistiques, l’accès à internet dans
les zones rurales africaines et les partenariats avec Meta, Google et
Microsoft (priorité VI). |
|
3 |
Renforcement de la coopération
économique Promouvoir des échanges
économiques plus justes. |
Formulation vague. Aucun objectif
chiffré comparable à celui du Commonwealth (2 000 milliards de dollars).
Aucune mention des obstacles non tarifaires, de la dette, ni d’un fonds
d’investissement spécifique. |
Fixer un objectif chiffré public
d’échanges intra-francophones. Ajouter un Programme d’investissement dans les
infrastructures et un mécanisme de soutien aux PME africaines francophones
(priorités XV et XVII). |
|
4 |
Promotion de l’éducation et de la
recherche Renforcer l’accès à une
éducation de qualité. |
Trop général. Aucune mention de
l’éducation des filles, de la coopération universitaire Sud-Sud, de la
traduction scientifique, ni d’un Institut dédié. Rien sur la qualité de
l’enseignement en français dans les pays africains. |
Préciser par la création d’un
Institut francophone de recherche (priorité VIII), un programme d’éducation
des filles (priorité IX), la coopération universitaire africaine Sud-Sud
(priorité VII) et la traduction scientifique vers le français. |
|
5 |
Soutien à la culture et aux
arts Encourager la création et la
diffusion culturelle. |
Projet positif mais incomplet.
Aucune mention du dialogue post-colonial, de la souveraineté culturelle
africaine, de la restitution du patrimoine, ni du financement des
littératures africaines francophones comme vecteurs d’identité autonome. |
Ajouter la doctrine de pluralité
francophone, le soutien aux littératures africaines, la restitution du
patrimoine culturel et un fonds dédié aux industries culturelles africaines
(priorité XVI). |
|
6 |
Renforcement de la démocratie et
des droits humains Consolider l’état
de droit. |
Formulation générale sans
mécanisme concret. Aucune mention de la littératie médiatique, de la lutte
contre la désinformation, de la protection des journalistes ni de critères
transparents pour l’application des sanctions. |
Intégrer un mécanisme d’évaluation
démocratique indépendant (priorité XII), un fonds de protection des
journalistes, et relier ce projet à la lutte contre la désinformation
(priorité XIII). |
|
7 |
Promotion de la paix et de la
sécurité Favoriser la stabilité dans
l’espace francophone. |
Silence total sur la crise
sahélienne et le retrait du Mali, Niger et Burkina Faso en mars 2025. Aucun
mécanisme de médiation concret ni de partenariat proposé avec l’UA ou la
CEDEAO. |
Nommer explicitement la crise
sahélienne et proposer un processus de réconciliation. Créer une unité de
diplomatie préventive en partenariat avec l’Union africaine et la CEDEAO
(priorité XI). |
|
8 |
Développement durable Promouvoir des pratiques respectueuses de
l’environnement. |
Trop vague. Aucun fonds
climatique, aucune mention des pays les plus vulnérables, aucune stratégie
d’accès aux financements climatiques internationaux. Aucun lien avec les
enjeux de sécurité alimentaire et de migrations climatiques. |
Proposer un Fonds francophone pour
la résilience climatique, une voix francophone unifiée aux COP et un
programme d’adaptation pour les pays les plus vulnérables (priorité X). |
|
9 |
Créer l’hymne de la Francophonie Un projet symbolique pour renforcer
l’unité. |
Projet symbolique et accessoire.
Bien que l’intention soit louable, il ne constitue pas une priorité
stratégique à ce stade. Son inclusion parmi les neuf projets phares affaiblit
la crédibilité d’ensemble du programme face aux défis urgents. |
Reléguer ce projet au rang
d’initiative culturelle secondaire et le remplacer par une priorité
stratégique majeure : la réforme de la gouvernance de l’OIF (priorité
II) ou la loterie francophone (priorité XVIII). |
V. Les priorités entièrement
absentes de votre programme
Au-delà des lacunes dans les projets existants, notre
analyse identifie sept priorités majeures qui sont entièrement absentes de
votre programme actuel. Leur absence affaiblit considérablement la portée
stratégique de votre candidature.
1. Le financement autonome et la
loterie francophone — la grande nouveauté absolue (nos priorités IV et XVIII)
C’est la priorité numéro un, et c’est la plus inédite.
Votre programme ne propose aucun mécanisme innovant de financement, alors que
c’est précisément ce qui distinguerait une véritable « Francophonie des
peuples » d’une simple continuation de la Francophonie des gouvernements.
L’OIF dépend à plus de 85 % des cotisations des États membres. Ces
cotisations financent une institution diplomatique ; elles ne permettront
jamais de financer des milliers de projets communautaires au bénéfice de trois
cents millions de francophones. Aucun de vos prédécesseurs ni la Secrétaire
générale sortante n’a jamais proposé un tel mécanisme. C’est l’argument
irréfutable face à quiconque dirait que votre programme n’apporte rien de
nouveau.
•
Créer
un Fonds francophone pour l’innovation et l’entrepreneuriat, alimenté par des
contributions privées et publiques
•
Lancer
une loterie internationale francophone en ligne pour le financement direct de
projets communautaires, sur le modèle de la National Lottery
britannique
•
Développer
des partenariats stratégiques avec le secteur privé francophone mondial pour
réduire la dépendance aux seules contributions étatiques
2. La réforme de la gouvernance de
l’OIF (notre priorité II)
C’est la deuxième lacune la plus grave. La gouvernance de
l’OIF — son opacité, sa concentration du pouvoir, l’absence de limitation des
mandats, la sous-représentation des pays africains — est au cœur de la crise de
crédibilité de l’institution. Votre programme ne propose aucune réforme
institutionnelle. C’est pourtant ce que les États membres et les sociétés
civiles attendent en priorité d’une nouvelle Secrétaire générale issue
d’Afrique.
•
Proposer
un processus électoral ouvert et compétitif avec programmes publics des
candidats
•
Instituer
une limitation formelle des mandats
•
Garantir
la représentation régionale africaine dans les instances décisionnelles
•
Publier
des audits financiers annuels indépendants
3. L’égalité de genre et
l’autonomisation des femmes (notre priorité IX)
L’égalité de genre est complètement absente de vos neuf
projets. Il s’agit pourtant du premier pilier transversal du Commonwealth et
d’une condition fondamentale du développement humain dans l’espace francophone
africain. L’absence de cette priorité dans un programme porté par une femme
candidate à la tête d’une organisation qui représente majoritairement des pays
où les inégalités de genre sont parmi les plus marquées au monde est, pour le
moins, surprenante.
•
Élever
l’égalité de genre au rang de pilier transversal de toute la programmation
•
Tripler
les ressources du Fonds « La Francophonie avec Elles »
•
Lancer
une stratégie pour l’éducation des filles dans les pays membres les plus
défavorisés
•
Soutenir
les femmes victimes de violences dans les zones de conflit francophones
4. La lutte contre la désinformation
(notre priorité XIII)
Les campagnes de désinformation en langue française
représentent une menace directe pour la démocratie, la paix et la cohésion
sociale dans l’espace francophone africain. Votre programme n’en fait aucune
mention. Or la Francophonie dispose d’un avantage unique : agir sur un
espace linguistique défini pour y promouvoir l’information fiable et la
littératie médiatique.
•
Créer
un Observatoire francophone de la désinformation
•
Lancer
un programme massif de formation au fact-checking et à la littératie numérique
en français
•
Négocier
des accords avec Meta, TikTok, X et YouTube pour la modération des contenus en
français
5. La santé publique et la
solidarité sanitaire (notre priorité XIV)
La santé publique est totalement absente de votre
programme. Les pays francophones africains affichent certains des indicateurs
sanitaires les plus préoccupants au monde. La pandémie de COVID-19 a démontré
que l’OIF n’avait aucun mécanisme de réponse collective. Cette lacune est
inacceptable pour une organisation qui aspire à être utile aux peuples.
•
Créer
un Réseau francophone de santé publique
•
Établir
un mécanisme de solidarité sanitaire pour les crises épidémiques
•
Lancer
un programme de formation et de rétention des personnels médicaux
6. L’allègement de la dette des pays
francophones vulnérables (notre priorité XVII)
Le fardeau de la dette extérieure prive plusieurs pays
francophones africains des ressources nécessaires à l’éducation, la santé et le
développement. Votre programme de coopération économique ne traite pas cette
question pourtant centrale. Le Commonwealth a intégré explicitement le lien
entre dette et développement dans son plan stratégique 2025-2030.
•
Porter
collectivement un plaidoyer pour l’allègement de la dette au G20 et dans les
institutions de Bretton Woods
•
Créer
un mécanisme francophone d’accès aux financements concessionnels
7. La coopération Sud-Sud entre pays
francophones africains (notre priorité VII)
Votre programme ne mentionne pas explicitement la
coopération universitaire, scientifique et économique entre pays africains
francophones. La Francophonie de demain est africaine. L’OIF doit activement
reconstruire les échanges Sud-Sud plutôt que de les laisser toujours orientés
vers le Nord.
•
Financer
des partenariats universitaires entre institutions africaines francophones
•
Créer
un réseau scientifique africain francophone indépendant
•
Faciliter
la mobilité professionnelle inter-africaine par la simplification des visas
VI. Faiblesses transversales de
l’ensemble du programme
Au-delà des lacunes thématiques, notre analyse identifie
trois faiblesses structurelles qui traversent l’ensemble des neuf projets et
qui, si elles ne sont pas corrigées, risquent d’affaiblir la crédibilité
globale de votre candidature.
Absence totale d’objectifs chiffrés
et mesurables
Aucun de vos neuf projets ne propose d’objectif
quantifié, de calendrier, d’indicateur de performance ni de mécanisme de
redevabilité. Un programme de candidature sans objectifs chiffrés est un
programme sans possibilité d’évaluation. C’est également un programme sans
engagement contraignant vis-à-vis des États membres. Le Commonwealth, l’Union
africaine et l’UNESCO publient tous des objectifs mesurables et des rapports de
suivi. L’OIF doit faire de même.
Absence de mécanismes de financement
concrets
Aucun projet ne précise les ressources financières
nécessaires à sa mise en œuvre ni les sources de financement envisagées. Or la
contrainte financière est l’un des obstacles majeurs à l’efficacité de l’OIF.
Un programme cohérent doit proposer des mécanismes innovants d’autonomie
financière, et pas seulement des objectifs sans ressources.
Absence de référence à la crise
institutionnelle actuelle
Votre programme ne mentionne pas le retrait du Mali, du
Niger et du Burkina Faso en mars 2025, ni la crise de légitimité que cette
rupture représente pour l’institution. Ignorer cette réalité affaiblit
considérablement la crédibilité d’un programme qui aspire à représenter
l’ensemble des peuples francophones. La réconciliation avec les pays sahéliens
devrait figurer parmi vos toutes premières priorités.
VII. Recommandations concrètes pour
l’enrichissement de votre programme
Sur la base de cette analyse, nous vous soumettons les
recommandations suivantes pour renforcer, approfondir et compléter votre
programme de candidature avant sa présentation officielle :
Recommandation 1 — Remplacer le
projet 9 (hymne) par la réforme de la gouvernance
Un hymne francophone est une initiative symbolique qui
peut s’insérer dans votre projet culturel existant. En revanche, la réforme de
la gouvernance est la condition préalable à toute transformation crédible de
l’OIF. Nous vous recommandons de remplacer ce projet par une proposition
détaillée de réforme institutionnelle.
Recommandation 2 — Ajouter un autre
projet: Égalité de genre et autonomisation des femmes
L’égalité de genre mérite d’être un projet à part
entière, transversal à tous les autres. Votre identité de première femme
africaine candidate à ce poste vous donne une légitimité unique pour en faire
le symbole de votre candidature.
Recommandation 3 — Décliner chaque
projet avec trois éléments : problème, solution, objectif mesurable
Chaque projet devrait présenter le diagnostic du
problème, la solution proposée et un ou deux objectifs chiffrés à atteindre
durant le mandat. C’est ce standard de rigueur qui distingue un programme
stratégique crédible d’une déclaration d’intentions.
Recommandation 4 — Nommer
explicitement la crise sahélienne dans votre projet de paix
Le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso en 2025
est le défi institutionnel le plus urgent auquel le prochain Secrétaire général
devra faire face. Proposer un processus de réconciliation clair et concret vous
différenciera de toute autre candidature.
Recommandation 5 — Intégrer un
mécanisme innovant de financement comme 10e projet.
Proposer la loterie francophone internationale ou un
autre mécanisme de financement participatif démontrera que vous avez réfléchi à
la question de l’autonomie financière de l’OIF, condition de son indépendance
politique.
VIII. Répondre à l’argument
« l’OIF fait déjà tout cela » : ce que votre candidature doit
apporter de réellement nouveau
Madame la candidate, nous devons vous alerter sur une
objection que vous ne manquerez pas de rencontrer au cours de votre campagne,
et qu’il vous faudra être prête à contrer avec force et précision. La
Secrétaire générale sortante, Madame Louise Mushikiwabo, ou ses soutiens,
diront vraisemblablement que l’OIF travaille déjà sur l’ensemble de ces
priorités — la démocratie, la jeunesse, le numérique, la culture, le développement
durable — et que votre programme n’apporte rien de fondamentalement nouveau.
Cet argument de la continuité institutionnelle est le bouclier classique des
sortants face aux candidats réformateurs.
Pour contrer cet argument, votre programme doit
clairement identifier ce qu’il apporte de véritablement inédit, ce que la
Francophonie n’a jamais fait et que vous vous engagez à faire. Ces nouveautés
doivent être suffisamment audacieuses et spécifiques pour qu’il soit impossible
de les prétendre déjà en cours.
La grande nouveauté absolue :
le financement citoyen autonome (notre priorité XVIII)
Parmi toutes les propositions que nous vous avons
soumises, le système international de loterie francophone en ligne est de loin
la plus novatrice et la plus impossible à revendiquer par la Secrétaire
générale sortante. L’OIF n’a jamais mis en place de mécanisme de financement
direct par les citoyens. Elle n’a jamais proposé aux millions de francophones
ordinaires de contribuer eux-mêmes au financement de projets communautaires
dans leur propre espace linguistique. C’est précisément ce vide que cette proposition
comble.
La logique est imparable : vous ne pouvez pas faire
de la Francophonie une « Francophonie des peuples » sans que les
peuples eux-mêmes puissent y contribuer financièrement et bénéficier de ses
retombées concrètes. Les cotisations des États membres ne suffisent pas et ne
suffiront jamais à financer une Francophonie réellement proche des citoyens.
Elles représentent le budget d’une institution diplomatique ; elles ne
permettent pas de financer des milliers de projets communautaires à l’échelle
d’un espace qui regroupe plus de trois cents millions de personnes. Seul un
financement populaire, participatif et direct peut combler ce fossé entre
l’institution et les peuples.
C’est la différence fondamentale entre une Francophonie
des gouvernements — celle que Madame Mushikiwabo a gérée — et une Francophonie
des peuples — celle que vous promettez. Sans mécanisme de financement citoyen,
votre slogan reste une aspiration. Avec lui, il devient un projet.
Les autres nouveautés que l’OIF
sortante ne peut pas revendiquer
D’autres propositions de notre lettre constituent
également de véritables ruptures avec la pratique actuelle de l’OIF, auxquelles
Madame Mushikiwabo ne pourra pas opposer l’argument de la continuité :
•
La
réforme structurelle de la gouvernance avec limitation formelle des
mandats : l’OIF n’a jamais adopté une telle réforme. Vous proposez de vous
y soumettre vous-même, ce qui est un acte de courage politique rare.
•
Le
dialogue de réconciliation sans conditions préalables avec les pays sahéliens
retraités : la gestion de Madame Mushikiwabo a échoué à empêcher ces
retraits. Vous proposez de réparer ce qui a été brisé.
•
L’Institut
francophone international pour la langue, le numérique et la recherche :
aucune institution de ce type n’existe. C’est une création ex nihilo, pas une
amélioration de l’existant.
•
Le
dialogue post-colonial structuré sur la relation des peuples africains à la
langue française : c’est un sujet que l’OIF a toujours évité. Votre
origine congolaise vous donne la légitimité unique de l’ouvrir.
•
L’objectif
chiffré public d’augmentation des échanges commerciaux
intra-francophones : l’OIF n’a jamais fixé d’objectif économique mesurable
de ce type. C’est une première.
Notre invitation : plus de
détails, plus d’engagement, plus de courage
Tout en espérant vivement que votre programme sera
développé avec beaucoup plus de détails opérationnels dans les prochaines
semaines — calendrier, ressources, mécanismes, objectifs chiffrés — nous avons
le plaisir de vous faire part de l’intégralité de nos propositions, que vous
trouverez dans notre lettre référencée ARC/OIF/2025/003. Elles sont à votre
disposition, librement, sans condition et dans le seul intérêt des peuples
francophones. Nous serions honorés que vous les utilisiez, les adaptiez ou les
dépassiez. L’essentiel est que la Francophonie soit, enfin, à la hauteur des
attentes de ses peuples.
Conclusion : un programme
prometteur qui mérite d’être à la hauteur de votre vision
Madame Lumumba, votre programme en neuf projets pose des
bases solides et témoigne d’une vision globale que nous soutenons. Mais la
Francophonie traverse une crise de pertinence, de gouvernance et de confiance
qui exige un programme plus ambitieux, plus précis et plus courageux. Le monde
francophone — et en particulier l’Afrique francophone — attend un leadership
qui nomme les problèmes clairement, propose des solutions concrètes et s’engage
sur des objectifs mesurables.
La combinaison de votre vision « Francophonie des
peuples » et des dix-huit priorités que nous vous avons soumises dans
notre lettre ARC/OIF/2025/003 pourrait constituer le programme le plus complet,
le plus crédible et le plus transformateur jamais présenté à la tête de l’OIF.
La nouveauté absolue du financement citoyen à travers la loterie francophone,
la réforme courageuse de la gouvernance, et le dialogue post-colonial enfin
ouvert sont autant de marqueurs qui vous permettront de répondre à quiconque dirait
que votre programme n’apporte rien de neuf.
Nous vous encourageons vivement à saisir cette
opportunité historique et demeurons à votre entière disposition pour
approfondir ces recommandations et contribuer à l’enrichissement de votre
programme.
Veuillez agréer, Madame la candidate, l’expression de
notre haute considération et de notre soutien actif.
Président
THE AFRICAN RIGHTS CAMPAIGN
Londres, Royaume-Uni
africanrightscampaign@gmail.com
For the Peoples of the African Great Lakes Region
Références
Commonwealth
Secretariat (2025) Strategic Plan 2025–2030: Building a More Resilient
Commonwealth. Londres :
Commonwealth Secretariat. Disponible sur :
https://thecommonwealth.org/strategic-plan-2025 (consulté le 1 avril
2025).
Diploweb (2025) Carte commentée : L’Organisation
internationale de la Francophonie en 2025. Paris : Diploweb.com.
Disponible sur : https://www.diploweb.com (consulté le 2 avril 2025).
Lumumba, J. A. (2026) Programme de candidature au poste
de Secrétaire générale de l’OIF : neuf projets pour une Francophonie des
peuples. Kinshasa : diffusé sur réseaux sociaux et presse, janvier 2026.
Organisation internationale de la Francophonie (2024)
Programmation 2024-2027. Paris : OIF. Disponible sur :
https://www.francophonie.org (consulté le 30 mars 2025).
The African Rights Campaign (2025) Lettre stratégique
adressée à Madame Juliana Amato Lumumba, candidate au poste de Secrétaire
générale de l’OIF — référence ARC/OIF/2025/003. Londres : ARC.
UNESCO (2022) L’éducation dans les pays
francophones : état des lieux et recommandations. Paris :
UNESCO.
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